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LE MOUTON.
l’.ACK MÉltliNOS.
tessede leur constitution, leur voracité, leur prodigalité (1), et leur infériorité pourla production du lait. Les mêmes causes paraissent avoir produit des effets sembla-bles; l’attention ayant été, dans les deux cas, tout-à-fait concentrée sur la produc-tion de la laine, les autres propriétés, telles que la rusticité et l’aptitude à produirede la graisse et du lait, ont été complètement négligées.
Quoiqu’un peu sauvage, le Mérinos espagnol est encore d’un caractère très-docile.Aucun mouton ne se place plus tranquillement sous la garde des bergers; et bienque d’une maturité tardive, et d’un engraissement difficile, il se contente facilementde pâturages secs et peu nourrissans. Lorsqu’on mélange les Mérinos avec d’autresmoutons, ils s’y tiennent bien, en recherchant généralement les champs élevés. Lanuit ils se forment en cercle, les béliers et les plus forts moutons se tenant au pre-mier rang, instinct qu’ils ont conservé de leur pays originaire. Ils sont incapables desupporter le froid excessif et l’humidité qu’endurent les rustiques moutons monta-gnards de l’Europe septentrionale ; cependant ils ne paraissent pas très-sensibles auxchangemens de température, dont leur épaisse toison les garantit probablement.
Les Espagnols qui subjuguèrent successivement les royaumes Maures , négligèrentle labourage, et s’adonnèrent principalement au soin de leurs troupeaux de moulonset de gros bétail; c’est à cette époque que l’on fait remonter la formation de cespâturages immenses, qui couvrent une si grande partie du pays. Les écrivains dumoyen-âge parlent de grands troupeaux possédés par des particuliers, et qu’ils éva-luent à trente ou quarante mille chacun. Soit qu’on eût reconnu que les chaleurscontinuelles des parties méridionales de l’Espagne étaient moins favorables à la fi-nesse delà toison, soit convenance ou nécessité de changer de pâturage pendantl’été, l’usage s’établit de bonne heure de conduire les troupeaux de moutons dansles contrées froides du Nord pendant l’été, et de les ramener dans les pâturages duSud aux approches de l’hiver. Ces troupeaux nomades sont appelés Transhumantespar quelques personnes; de même que les moutons qui restent toute l’année dans lemême district sont nommés Estantes , ou stationnaires.
Les moutons stationnaires se composent, partie des grands moutons des contréesbasses, partie de races mélangées, et partie de purs Mérinos, qui ne diffèrent desautres que par le mode de traitement. Les Mérinos stationnaires sont élevés dansles districts, ou sur les fermes qui leur offrent une nourriture suffisante pendanttoutes les saisons. Ils sont plus nombreux dans les contrées centrales, où les pâtu-rages sont moins desséchés par les chaleurs de l’été, comme en Ségovie et dans leschaînes de montagnes au nord de Madrid ,
(1) Unthriftiness, consommation hors de proportion avec le produit qu’on en obtient; nous prions noslecteurs de se rappeler que nous traduisons ce mot par prodigalité, qui n’en rend que très-imparfaitementle sens. K.
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