LE MOUTON.
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ISACE MÉIWNOS.
Les moulons émigrans sont au nombre de dix millions,- et forment probablementla moitié du nombre total des moutons de l’Espagne . On peut les diviser en deuxgrands corps , ceux qui passent ordinairement dans le royaume de Léon, et ceuxqui vont plus à l’Est, dans la province de Soria , ou même au delàdel’Ebre . Ces vas-tes hordes de moutons quittent leurs cantonnemens d’hiver, au sud de la Guadiana ,vers le 15 avril, et s’avançent lentement vers le Nord. Les brebis reçoivent les bé-liers en juillet et les agneaux naissent en novembre. Pendant le cours de leur voyageau Nord, ces animaux sont tondus dans un vaste bâtiment, construit à cet effet. Ladivision occidentale,ou Léonaise, traverse le Tage à Almarez; la division orientale,ouSorienne, traverse le même fleuve plus haut et plus à l’Est, à Talavera, et approche,dans sa course, de la ville de Madrid. Lorsque ces animaux ont atteint leur destina-tion, ils sont mis en pâture jusqu’à la fin de septembre, et à cette époque, ils recom-mencent leur voyage vers le Sud. Chacune de ces marches, de plusieurs centainesde milles (1), dure environ six semaines; en sorte que le quart de l’année se trouveemployé en voyages. On dit que les vieux moutons, lorsqu’arrive le mois d’avril,reconnaissent l’époque de leur départ, et sont si impatiens d’en profiter, que, pendantles dix ou douze derniers jours, les bergers sont obligés de redoubler de vigilancepour les empêcher de s’échapper; quelques-uns y parviennent, quoi qu’on fasse, etsuivant leur route habituelle, ils gagnent quelquefois leurs pâturages de l’année pré-cédente, où on les retrouve quand le reste des troupeaux arrive; mais, le plus sou-vent, ces vagabonds deviennent la proie des loups, qui abondent sur la route suiviepar lès troupeaux émigrans.
Ces moutons sont divisés par troupeaux de mille bêtes ou plus, chacun sous la di-rection de son mayoral particulier, ou chef berger, qui a un nombre d’aides suffisantsous ses ordres, et auquel appartient la direction de tous les détails du voyage. 11marche en avant du troupeau; les autres suivent, avec leurs chiens, pour ramasserles traîneurs et chasser les loups, qui suivent à distance la marche des moutons jus-qu’à leur destination. Quelques mulets ou des ânes accompagnent la cavalcade,pour porter les choses indispensables aux bergers et les matériaux nécessaires pourformer les parcs de nuit, dans lesquels les moutons sont enfermés entourés par leschiens de garde, qui avertissent de l’approche du danger.
Lorsque les moutons arrivent aux esquileos, ou maisons de la tonte, qui sont dansla première partie de leur marche vers le Nord, ils y trouvent, à les attendre, unnombre d’ouvriers suffisant pour en tondre un mille au moins en un jour. Les esqui-leos se composent de deux grandes chambres rustiques, avec une cabane étroite et
(1) 100 milles font à peu près ICI 'kilomètres, ou 40 lieues anciennes; chaque voyage doit être d’aumoins 400 miles, ou 041 kdomèlres (environ 1G0 lieues anciennes). R.