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LE MOUTON.
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basse, adjacente, nommée la chambre au suint. Les moutons sont conduits dansune des grandes chambres, et ceux qui doivent être tondus le lendemain sont en-tassés, aussi serrés que possible, dans la hutte longue et étroite où ils passent toutela nuit. Ils y éprouvent une grande transpiration, qui a pour effet d’adoucir la ma-tière onctueuse, durcie, qui est amassée dans leur toison. On les tond alors sans au-cun lavage préalable, et la laine est laissée dans 1 ’esquüeo, où elle est assortie et pré-parée pour la vente. Au moyen de ces dispositions, 4,000 moutons au moins sonttondus chaque jour.
Les bergers employés à soigner ces moutons sont évalués à 50,000, ce qui, en sup-posant dix millions de moutons, en donne 200 pour chaque berger. Le nombre deschiens est porté à 30,000. Ces bergers forment une classe particulière d’hommes,fort attachés à leur état et vivant avec une grande simplicité. Leur nourriture secompose ordinairement de pain noir, d’huile et d’ail. Us mangent la viande de leursmoutons lorsqu’ils meurent ou qu’il leur arrive quelque accident. En voyage, ilscouchent sur la terre enveloppés dans leur manteau, et l’hiver ils construisent descabanes rustiques pour se mettre à couvert. On dit qu’ils se marient rarement, àmoins qu’ils ne changent d’état.
L’ensemble de ce système extraordinaire est réglementé par une série de lois, et ilexiste un tribunal spécial, nommé la Mesta, pour assurer les privilèges de ceux quiont le droit de passage et de pâturage. Ces privilégiés réclament ce droit de pâturagesur tous les ehamps ouverts et communs qu’ils rencontrent sur leur passage; unchemin large de quatre-vingt-dix pas doit leur être laissé à travers les parties closeset cultivées de la contrée, et divers droits et immunités sont réunis à celui du pâtu-rage des troupeaux. Ce système est en opposition avec les véritables intérêts de l’Es-pagne . Un changement de pâturage peut être nécessaire aux troupeaux des contréesarides, dans certaines saisons, mais la migration périodique d’une masse aussi con-sidérable de moutons ne peut avoir aucune utilité, pratiquée comme elle l’est au-jourd’hui. D’énormes abus sont commis au préjudice des cultures voisines de celong passage; un quart de Tannée employé en voyage doit causer un préjudice plusgrand à la santé des animaux que les bénéfices procurés par un changement de pâtu-rage. Une mortalité prodigieuse frappe ordinairement ces moutons, et plus de lamoitié des agneaux est détruite pour que le reste puisse parvenir à maturité. Lecommerce des peaux d’agneau, qui forme un objet d’exportation, est, à la vérité,une source de produits, mais fort inférieurs à ceux qu’on obtiendrait de l’éducationdes animaux jusqu’à l’époque de leur maturité. Croire que ces migrations sont né-cessaires pour conserver la finesse de la laine, c’est évidemment une erreur, et lessoins donnés à la reproduction et à l’éducation amèneraient ce résultat avec plus decertitude qu’un violent changement de séjour. En Espagne même, il y a de nom-