LE MOUTON.
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RACE MÉRIJNOS.
breux troupeaux de Mérinos stationnaires dont la laine a toute la finesse désirable;et dans les autres parties de l’Europe , où les moutons ne quittent jamais la fermesur laquelle ils naissent, on produit une laine de qualité supérieure à celle destroupeaux émigrans de l’Espagne . Mais ce système est si ancien, et tellement en-raciné dans les habitudes de ce peuple ignorant et intraitable, que probablement cesera le dernier des abus que songeront à réformer les hommes qui s’agitent ence moment dans ce pays déchiré par les dissensions intestines.
Les Espagnols ont long-tems conservé le monopole de cette raCe de moutons avecun soin jaloux; mais, à la fin, les autres contrées ont entrepris la conquête de cettenouvelle toison d’or, et maintenant la race Mérinos est répandue sur une grandepartie de l’Europe . Elle a été transportée dans l’Amérique septentrionale, dans l’ex-trémité méridionale de l’Afrique et dans les immenses régions de la Nouvelle-Hol-lande; partout on a trouvé qu’elle conservait, avec une constance admirable, lescaractères que lui ont imprimés ses pâturages originaires, et, dans certains cas,elle a surpassé, en propriétés utiles, la souche dont elle provenait (4). La Suède est,à ce qu’on croit, le premier pays qui se procura des Mérinos purs. En 1723, M. Als-troemer, citoyen au cœur noble et patriotique, importa un petit troupeau de pursMérinos. En 1739, le gouvernement suédois, embrassant avec zèle les mêmes idées,établit une école d’agriculture sous la direction de M. Alstroemer, et ne négligearien pour multiplier celte race. Les mesures employées réussirent au point que l’im-portation des laines courtes en fut diminuée, malgré l'accroissement des manufac-tures de draps fins, et qu’après plus d’un siècle, la race étrangère produisait une lainepresque aussi fine et aussi douce qu’au moment de sa première importation. Lesmoutons sont tenus à la bergerie pendant les six mois d’hiver, généralement pen-dant la nuit l’été, et c’est sous l’influence de ce traitement artificiel que fa laine con-serve ses propriétés originaires. Les brebis ont de deux à trois ans lorsqu’elles fontleur premier agneau, et sept ans lorsqu’on les engraisse pour la boucherie. Ellessont infiniment moins rustiques que les bêtes du pays, et si l’on accordait une atten-tion convenable à l’éducation des races indigènes, peut-être seraient-elles plus pro-fitables pour les éleveurs. On suppose qu’il existe, en Suède , environ 10,000 Méri-
(1) Cette persistance de caractères, dans des circonstances et sous des climats si différens, nous sembletémoigner de la pureté primitive de la race Mérinos , améliorée en dedans, vraisemblablement, sousla domination des Maures, ou à tout autre époque, mais étrangère à tout mélange de sang africain aussibien qu’anglais , contrairement à l’opinion du savant professeur d’Edimbourg lui-même, qui nous paraît,en cette circonstance, avoir trop facilement abandonné ses principes généraux pour se lancer dans l’hypo-thèse d’un croisement dont on ne trouve aucun témoignage historique certain, et dont on ne connaît pasmême le prétendu type améliorateur. . R-
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