LE MOUTON.
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LAINE.
ger la législature à rétablir les anciennes restrictions; et, en 1828, on lit une en-quête parlementaire, dans laquelle une masse de faits établirent, jusqu’à la dernièreévidence, le danger et même l’absurdité de vouloir soutenir, par des droits et des ré-glemens fiscaux, la fabrication d’une matière première que devrait seulement sou-tenir la liberté du commerce et de la production. 11 fut établi, par tous les témoi-gnages, que le drap fait avec la laine britannique, seulement, ne pouvait se vendresur aucun marché d’Europe , et était même trouvé trop grossier pour l’habillementdes classes ouvrières indigènes; en sorteque si, les manufactures anglaises n’avaientpas la liberté de s’approvisionner de matière première dans les autres pays, unegrande partie du commerce d’exportation delà Grande-Bretagne, en tissus de laine,serait perdu pour toujours.
On a peine à concevoir qu’il ait pu se trouver parmi nous une classe d’hommesosant demander qu’on empêchât les manufactures du pays de se procurer lesmatières premières de leur fabrication où ils pouvaient les obtenir meilleures et auprix le plus avantageux, et qui non-seulement voulaient leur interdire l’exercice dece droit naturel, mais encore les forcer d’acheter les laines des producteurs indi-gènes à un prix réglé par ordonnance, contrairement à tous les usages commer-ciaux. La détestable loi de 1819 a complètement prouvé qu’en refusant de prendreles laines des autres contrées, on avait abtîissé le cours de ces laines au dehors, etdonné ainsi une prime indirecte aux fabricans étrangers; tandis qu’en forçant nosmanufacturiers à n’employer que des laines inférieures en qualité, et d’un prix plusélevé, on les avait mis dans l’impossibilité de soutenir la concurrence sur la plupartdes marchés du monde. Les producteurs de laine ne manquèrent pas d’attribuer àla révocation de la loi de 1819 la dépréciation qui eut lieu dans le cours des lainesde carde, sans s’apercevoir qu’en admettant celte cause ils établissaient en mêmetems l’injustice et l’énormité d’une charge qui frappait si durement l’industriemanufacturière de notre propre pays, et favorisait d’autant celle des autres.
11 estdiffieilede comprendre quel pouvait être l’espoir des producteurs régnicoles,lorsqu’ils voulaient forcer le prix de la laine à s’élever par de tels expédiens. Pourle détenteur temporaire du sol, un cours forcé des matières premières serait profi-table tout au plus pendant la durée de son bail; mais, à son renouvellement, le bé-néfice passerait immanquablement au propriétaire du fonds, sous forme d’augmen-tation de fermage. Ainsi, c’était, en définitive, pour élever la rente du sol, que lesproducteurs anglais voulaient établir un impôt sur tous les consommateurs delaines, c’est-à-dire sur tous les habitans du royaume, et enlever au négociant lesmoyens de soutenir la libre concurrence sur les marchés étrangers. Tout le mondereconnaît aujourd’hui que ce qui menace le plus la prospérité manufacturière dupays, ce sont les progrès, à l’étranger, de ces arts dans lesquels nous excellions jus-
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