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LE COCHON.
COCHON SAUVAGE.
et transmettent ces qualités à leurs descendans, de manière à en constituer une racepermanente.
Cette influence du régime sur la forme et les mœurs des animaux n’est pas,d’ailleurs, particulière à l’espèce porcine; elle s’étend, au contraire, à tous les qua-drupèdes, quoique avec une énergie variable pour chacun d’eux. Parmi les rumi-nans, le bœuf et le mouton y sont particulièrement soumis; par une augmentationde nourriture, on observe chez ces animaux les mêmes modifications de forme quenous avons signalées chez le porc : l’estomac et les intestins augmentent de capacité;le tronc s’agrandit dans toutes ses dimensions; les membres deviennent plus courts,plus écartés, et comme le corps est plus près de terre, le cou se raccourcit; plu-sieurs muscles, privés d’exercice, diminuent de volume, et la tendance à l’obésitéaugmente proportionnellement. L’activité et la force de ces animaux se modifieavec leur forme; ils prennent des habitudes appropriées à leur nouvel état, trans-mettent à leurs descendans ces nouveaux caractères, et forment ainsi des rac'es dif-férentes de celles qui existeraient dans l’état naturel.
Nous pourrions trouver chez les carnivores plus d’un exemple analogue aux pré-cédons; quant aux oiseaux, le résultat du changement de régime produit exacte-ment les mêmes effets sur quelques-uns d’entre eux. Si l’on fait couver des œufs del’oie sauvage, cet oiseau du Nord que nous voyons accomplir chaque année de sigrandes migrations et fendre l’air à une hauteur si considérable que souvent sa voixseule parvient à notre oreille, alors que les nuages le dérobent à notre vue, et sil’on donne aux jeunes oisons une abondante nourriture, le bel oiseau dont le volaudacieux semble plus puissant que celui d’un aigle devient un indolent animal,captif en liberté, se laissant conduire par la baguette d’un enfant, hors d’état des’élever, en volant, au dessus des murs de la basse-cour où il est enfermé, et don-nant naissance à une race d’animaux aussi dépourvus d’énergie qu’il l’est lui-même,et tout aussi éloignés de leur type sauvage.
Le canard est absolument dans le même cas; la domesticité augmente le volumede son abdomen, diminue la puissance des muscles de sa poitrine et lui fait perdre,en conséquence, la faculté de voler. Ses instincts se modifient également; la pru-dence et la prévoyance du danger qui le caractérisent dans l’état naturel, l’aban-donnent complètement, et le mâle perd l’habitude d’un accouplement unique pourdevenir polygame.
11 ne faudrait pas croire que les modifications organiques et instinctives impri-mées par un changement de régime se bornent exclusivement à quelque caractèresuperficiel et de peu d’importance; souvent, au contraire, ils constituent des ca-ractères de premier ordre, égaux en valeur à ceux qui sont généralement employés àdistinguer les espèces, et pour le cochon, notamment, si l’on prenait la forme
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