CHEVAL DE COUfSSE.
Georges I e1 '. Un cheval nommé Merlin était engagé contre un autre appartenant àune personne bien connue, Tregonvvell Frampton, surnommé le patriarche duturf. La partie excita le plus grand intérêt parmi les amateurs du nord de l’Angle-terre en laveur de Merlin, et parmi les amateurs du sud en faveur de son adver-saire. Les chevaux s’étaient exercés depuis quelque tems à Newmarkel, quand legroom de Frampton, de l’aveu de son maître, tâcha d’amener le groom son anta-goniste à faire une course d’essai, avec les poids et la distance voulus, l’assurantque par ce moyen ils ne pouvaient manquer tous deux de faire leur fortune. Legroom qui devait monter Merlin eut la probité de faire part de la proposition à sirWilliam Strickland, qui avait engagé Merlin. Le baronnet ordonna simplementau groom d’accepter la proposition, lui recommandant secrètement de mettre septlivres en sus du poids qu’il devait avoir dans sa selle le jour de la course décisive;Frampton avait donné précisément le même ordre à son groom, de sorte que lesdeux chevaux s’engagèrent chacun avec sept livres en sus du poids qu’ils auraientdû porter. Dans cette course d’essai, Merlin gagna d’une longueur; ce résultat futcommuniqué par les grooms à leurs maîtres respectifs, qui par ce moyen se crurentsûrs tous deux du succès. « Si mon cheval, «disait le baronnet «peut gagner l’autre devitesse, quoique portant un poids de sept livres extra, je suis certain de gagner.— Sile mien, » disait Frampton, « n’a perdu que d’une longueur portant un poids extra desept livres, je suis sûr de gagner le jour de la course. » Le Patriarche lit part de cesecret important à ses amis, et d’énormes paris furent proposés et tenus. Enfin lemoment décisif arriva, et les paris s’élevèrent à des sommes inouïes. Les gentlemendu sud de l’Angleterre, se fiant au stratagème de leur chef, déclarèrent qu’ils pa-rieraient tout l’argent.qu’ils avaient et leurs terres par dessus le marché. Les gen-tlemen du nord, certains du succès de leur ruse, tinrent tous les paris , quelle qu’enlut la valeur. Les chevaux partirent; les jockeys tirent leur devoir en conscience,et, comme on pouvait s’y attendre, Merlin gagna le prix comme dans la coursed’essai; la confusion fut immense, le secret découvert, et le rusé Patriarche duturf obligé d’avouer, ainsi que d’autres le firent plus tard, qu’il avait trouvé sonmaître. Nombre de gentilshommes furent ruinés dans cette occasion, et quelquetems après on fit passer une loi pour empêcher le recouvrement des dettes de jeuexcédant la somme de dix livres sterling. Frampton, la personne dont il est ques-tion ici, mérite quelque attention. Il naquit sous le règne de Charles II , et avaitété à Newcastle directeur des chevaux de course appartenant à Guillaume III , à lareine Anne, à Georges I er et à Georges II , sous le règne duquel il mourut, âgé dequatre-vingt-six ans. C’était un homme qui avait de la naissance et de la fortune; ilétait fort aimé de ses amis intimes; mais il eut le malheur de passer dans le mondepour le plus grand coquin de son tems. On raconte de lui une histoire tellement