SECOND MEMOIRE. 29
de là sa dénomination vulgaire de bois de Sainte-Lucie,et peut-être la confusion qu’on en a faite quelquefoisavec le palixandre de Sainte-Lucie , qui , ainsi quele mahaleb , a une légère odeur de violette.
On sait que le mahaleb sert aussi de sujet pour lagreffe du cerisier qu’on veut tenir à basse tige , et qui,par ce moyen , peut donner du fruit sur un sol où lemerisier réussirait difficilement.
Le cèdre rouge , espèce de genevrier de Virginie,dont le bois est incomparablement plus précieux quecelui de mahaleb , et qu’il est très - intéressant demultiplier , croît dans les terres sèches et calcaires ;mais il lui faut de l’ombre dans sa jeunesse ; et sacroissance étant plus lente que celle du mahaleb,celui-ci pourra lui servir de protecteur.
Il en servirait même au chêne , qui peut s’accom-moder d’un terrain sec et calcaire, pourvu qu’il aitun peu de profondeur ; mais la plantule du chêne abesoin d’un peu d’ombre et d’humidité permanente ,pour résister à l’ardeur du soleil, jusqu’à ce que sesbranches soient devenues elles-mêmes assez fortespour s’opposer à la trop prompte dessiccation du ter-rain. L’usage de mélanger différentes sortes de boisblancs et d’arbrisseaux buissonniers dans les semis ourepeuplemens en chêne,s’est introduit depuis quelquetems ; mais, dans ces circonstances, on ne sauraittrop recommander le mahaleb.
Entendons M. de Malesherbes lui-même faire lerécit d’une expérience en ce genre qui lui a parfaite-ment réussi, et dont j’ai eu la satisfaction de voir leplein succès :
« Le terrain dont je vais parler, dit-il, n’est ni'deces terres sèches où rien ne vient, ni une bonne terrepour le bois ; c’est la terre ordinaire de la Beauce ,terre très-bonne pour le blé, parce qu’il y a unecouche de bonne terre végétale, mais médiocre pourle bois, parce quelle n’a pas de fond. Les chênesdont il y a quelques bouquets au milieu de la Beauce ,