SECOND MÉMOIRE.
» Je crois l’if très-rare dans les Pyrénées , et je suiscertain qu’il est si rare dans la vallée d’Aspe et danscette forêt d’Allias qu’on exploitait il y a vingt ouvingt-cinq ans pour la marine , qu’il n’y est pas mêmeconnu. Je me souviens qu’en 1767, fes ouvriers quitravaillaient au bois , voyant que j’étais curieux d’ar-bres , médirent qu’il y avait, à quelque distance delà , un cèdre du Liban . J’allai le voir: c’était un if àqui ces montagnards avaient donné le nom de cèdre.
» Cet arbre , qui se trouvait au milieu d’un bois desapins , s’était élevé aussi droit qu’eux et en avaitpresque atteint la hauteur (1).
» Dans la même année j’allai à Sainte - Baume ,caverne fameuse en Provence par le séjour prétendude la Magdeleine. Il y a un couvent de moines où l’onva en pèlerinage. C’est un pays montueux et de naturecalcaire. On y voit plusieurs ifs vieux jusqu’à la dé-crépitude , pour qui ces moines et les pèlerins ontbeaucoup de vénération , parce qu’ils prétendentqu’ils y sont depuis le tems de la sainte ; ils rap-portent même qu’un religieux , qui a vécu très-long-tems dans ce couvent, a pris exactement, lors-qu’il était jeune , la mesure d’un de ces arbres , et l’aprise encore cinquante ans après. Or , le peu de pro-grès fait par ce vieux arbre dans l’espace de cinquanteans , paraissait à ces bons moines une démonstrationque l’arbre existe depuis le tems de J. C., parce que,disaient-ils , il n’est augmenté , dans l’espace d’undemi-siècle, que de la trente-cinquième partie de sond’amètre (2),
» pour la boute et la duree. Le bois en est fort recherche' pour différens» usages ». ( Note de M. de Feuille. )
(1) M. Melehior m’a procuré un très-bel échantillon dé racine d’if qu’ilm’a assuré lui être venu d’Espagne .
(2) Le cœur de l’if s’altère de trop bonne heure pour présumer que savie soit très-longue. Celui que j’avais à Feuille est mort de vieillesse ;j’essayai en vain de le rajeunir en lui rabattant ses branches. Le cœurétait absolument gâté ; et à juger de son âge par approximation et d’aprèsl’épaisseur des couches annuelles de ses brandies, l’arbre n’avait pas plus