SECOND MÉMOIRE. 63
couleur noire par quelque teinture , vendent leursouvrages comme étant de bois d’ébène (i).
» Ce n’est que le vieux bois qui est noir; et quandl’arbre n’est pas vieux , les premières couches dubois parlait qui suivent l’aubier , sont d’une teintemoins brune que le cœur : j’en ai des bois de chaiseoù les deux couleurs sont aussi tranchantes entreelles que les couches des agathes-onix (2).
» Mais la qualité principale du faux ébénier, et qui
( 1 ) Le bois d’ébène est beaucoup plus lourd , plus homogène , moinsporeux , et le poli en est incomparablement plus lustre que celui du cytisedes Alpes. Le pied cube d’ébène de l’ile Maurice pèse au-delà de quatre-vingt-six livres , et le pied cube du cytise n’en pèse pas cinquante-trois.Les ébénistes emploient volontiers le bois du poirier sauvage , bien moinsporeux que le cytise, pour imiter l’ébène. Ils le teignent en noir, etmême assez profondément, par un mélange de noix-de-galle , de vinaigre,de limaille de fer et de couperose , dans lequel ils le font macérer.
Une bille de cytise que j’avais fait équarrir avant de l’immerger , apassé deux ans dans l’eau , sans que sa couleur en ait cte sensiblementaltérée ni rembrunie. ( IVote de ifcf. de Fenille . )
( 2 ) Cette différence dans la teinte des couches du bois parfait qu’a ob-servé M. de Maleslierbcs , dépend apparemment du sol. l)ans les échan-tillons qui m’ont été envoyés du Jura , la couleur des couches du bois par-fait est uniformément de la même teinte, à savoir , d’uu brun verdâtreque le contact de l’air et de la lumière rembrunit encore à la longue ;l’aubier conserve sa blancheur , et l’aubier du cytise des Alpes n’est pasfort épais.
J’ai eu , par la voie de M. Melcliior , et sous le nom d 'ébène du Por-tugal , la tranche d’un bois bien singulier. La tige est très-irrégulière-ment anguleuse , le cœur du bois , ou bois parfait, suit ces mêmes iné-galités ; mais il n’est pas d’un noir aussi foncé que l’ébène de l’ile Mau-rice. En l’examinant de près , on y distingue une nuance de pourpre.L’aubier , dont la couleur est d’un jaune sale et très-épais , mais fortinégalement épais , varie la largeur de ses contours depuis sept jusqu’àtreize lignes ; le bois parfait suit les mêmes irrégularités. La plus grandelongueur de cette tranche est de huit pouces environ ; la plus petite , d$cinq pouces. Je ne me sers point du terme de diamètre , parce que cettetranche est trop irrégulière. Ce bois est excessivement dur et pèse aujour-d’hui 83 livres i5 onces 4 gros par pied cube. Cet arbre est-il de Por-tugal , ou de quelques-unes des possessions portugaises dans les Indes ?Il est si différent de nos bois indigènes , qu’on doit le présumer bois desIndes ; néanmoins je doute , parce que ce bois m’a surpris par une autresingularité : les couches annuelles , et jusqu’aux éruptions transversales ,e’y distinguent comme dans les bois qui croissent en deçà des tropiques.L’arbre n’était pas vieux ; je n’y ai compté que trente-neuf couches an-nuelles , et cependant le cœur en est déjà altéré'. ( IV&le de M. de Fe-
mile■ )