SECOND MÉMOIRE. l8l
nid, et se nourrit des semences au mois d’Octobre,qui est le tems de leur maturité.
Voici ce qu’en dit le Page duPratz, voyageur àla Louisiane , auteur assez exact, mais qui n’est pasbotaniste:
Le cyprès de la Louisiane , ou cypre , est, aprèsle cèdre, le bois le plus précieux; quelques-uns ledisent incorruptible : s’il ne l’est pas, il faut du moinsune longue suite d’années pour le pourrir. L’arbre quel’on a trouvé en terre à vingt pieds de profondeur,près de la Nouvelle-Orléans , était un cypre; il n’étaitpoint corrompu. Cependant si, en cent ans, la terrede la basse-Louisiane est augmentée de deux lieues ,il fallait qu’il fût enterré depuis plus de douze siècles.
L’arbre s’élève extrêmement droit et haut, et ac-quiert une grosseur proportionnée. On en fait com-munément des pirogues d’un seul tronc , d’un pouceet plus d’épaisseur, qui portent des trois et quatremilliers ; il s’en fait encore de plus grosses. Un deces arbres , cru au Bàtou-rouge ( habitation françaiseà vingt-six lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans ),portait douze brasses de tour et une hauteur tout-à-fait extraordinaire. Le cypre a peu de branches , sesfeuilles sont longues et menues , et l’on voit sortir deson pied des côtes qui lui servent de contre-forts, etqui sont saillantes quelquefois d’un pied et demi.Sonbois est d’nne belle couleur tirant sur le rouge ; il esttendre , léger , uni et doux ; le fil en est droit, et lespores en sont fins. Tl ne se fend point de lui-même,mais seulement et sans peine sons l’outil de l’ouvrier;et quoiqu’employé presque vert, il ne travaille ja-mais. Enfin c’est un bois qui se prête à tout ce qu’ondemande de lui. Au reste, cet arbre se renouvelled’une manière particulière : quelque temsaprès qu’onl’a coupé, on voit sortir de ses racines un jet de laforme d’un pain de sucre , qui a toujours en grosseurle quart de sa hauteur. 11 s’élève ainsi, sans pousseraucune branche , quelquefois jusqu’au-delà de dix