SECOND MÉMOIRE. l8ÿ
Le marais est traversé par des routes dirigées àtravers le bois, et qu’on a rendu praticables pour descharrettes et traîneaux , par le moyen d’arbres cou-cbésen travers. Elles sontmal en ordre, et onn’avanceque par des enjambées fatigantes, en glissant sanscesse, et eu mettant souvent le pied dans un trou oùl’on enfonce jusqn’augenou.On s’en tire en marchantautant sur les mains que sur les pieds.
La peinture simple et vraie des restes de l’incendieet de l’horreur de cette scène paraîtra toujours exa-gérée. Les cendres se sont précipitées au fond del’eau ; le ' charbon qui surnage et les troncs noirsd’arbres hauts de cent à cent cinquante pieds , que lefeu n’a pas entièrement consumés,, sont tout* ce quireste de la forêt qui couvrait ce grand espace. Commele feu attaque toujours les arbres par le pied, la plu-part sont renversés ; mais ceux qui sont épars deboutdans cette forêt dévastée , présentent des masses co-lossales mues par le moindre vent, et toujours prêtesà renverser. Elles forment un vaste rideau noir , autravers duquel on apperçoit avec plaisir, dans le loin-tain , les parties de la forêt où la flamme s’est arrêtée..J’avais sous les yeux les restes d’environ deux mil-lions d’arbres de différentes grandeurs, et cinq à sixcent mille de la plus grande proportion , consumésdans l’incendie.
M. Jones, qui voulait nous faire connaître toutesles beautés du lieu , nous conduisit dans l’allée desours ( bears walk ) ; nous n’en rencontrâmes point.Nous allâmes ensuite dans le bocage aux serpens( snakes grove ); j’en vis trois , et je marchai presquesur la tête de l’un d’eux : ils s’éloignèrent en sifflant.J’assurai mon conducteur que ma curiosité était com-plètement satisfaite.
11 me conduisit cependant entre les troncs brûlésde trois arbres d’une grandeur prodigieuse ; et puisantdans les cornes de son chapeau une eau stagnante , ilen but à longs traits et me força d’en boire. I.es serpens,