SECOND MÉMOIRE. 227
« Il reste à savoir, y est-il dit, si le tems que né-cessite l’affilement des outils propres au travail despeupliers d’Italie , dont le bois est tendre etjifan-dreux , et si les précautions à prendre pour le mettreen œuvre, n’absorbent pas le bénéfice qu’on pour-rait faire sur le moindre prix de son acquisition (i )».
L’expérience que je vais rapporter pourra aider àrésoudre ce problème.
J’ai fait porter dans l’atelier d’un menuisier troisplanches , l’une en chêne , l’autre en peuplier d’Ita-lie , la troisième en sapin ; toutes trois avaient huitpieds de longueur. J’ai fait tracer à la règle avec dela sanguine une largeur de six pouces , à laquelle jevoulais les réduire, ne pouvant leur en donner da-vantage , parce que la seule planche de peuplierd’Italie qui me restât était assez étroite.
Les choses ainsi disposées, et les outils bien affilés,en ma présence et ma montre à la main , l’ouvrier acommencé par travailler la planche de chêne. Avecla scie à refendre il a levé une tringle des deux côtés,et la planche a été réduite à la dimension de sixpouces; puis il l’a dressée avec la demi - varlope,blanchie avec la varlope et polie sur les deux facesavec le petit rabot. Ensuite il a dressé les deux côtés,et y a fait une rainure avec l’espèce de rabot que l’onnomme bouvet. Cette opération a duré soixante-deuxminutes ; mais , avant qu’elle ne fût achevée , l’ou-vrier a été obligé de repasser sur la pierre les fers desa varlope et de sa demi-varlope. Le tems employéau repassage est compris dans les soixante-deux mi-nutes.
Après avoir remis les trois outils en état, l’ouvriera levé également deux tringles sur la planche dupeuplier d’Italie, l’a dressée , blanchie, polie , et y
(i) Je ne crois pas avoir avancé nulle part que qe bois fut filandreux ; ilme semblait même avoir prouvé ie contraire , en mettant sous les yeux dela société royale des copeaux de plus de six pieds d* longueur et d’une ex-trême ténuité , enlevés avec la varlope.