DES INSTITUTIONS MILITAIRES. l3r
nés imposèrent si long-temps aux peuples queRome voulut subjuguer, il n’y eut plus que con-cussions et que honteux désordres; la fureur dubrigandage, qui déjà ne s’était que trop manifestéedans les derniers temps de la république, devintl’esprit général des armées romaines. Dès-lors, cesannées furent des ennemis plutôt que des dé-fenseurs de l’état ; tout bon citoyen refusa leservice. Aux pauvres et aux esclaves qui les rem-plissaient succédèrent les Barbares ; l’état militaire,qui avait été un devoir honorable, la premièrede toutes les professions, devint un vil métier;l’esprit d’indépendance et de sédition, l’orgueil etles prétentions des légions furent portés à leurcomble; on n’eut plus de soldats qu’à force dëflatteries et de largesses , et, pour obtenir ces lar-gesses, 1 armée fit des empereurs. Que devint alorsla discipline ? elle ne se releva plus que par in-tervalles. Si Adrien la rétablit, Sévère la relâcha,et il en fut ainsi sous les autres empereurs. Chacun,effectivement, depuis Auguste , marqua sa volontépar quelques actes législatifs sur les armées, àumoyen desquels on s’assurait l’empire ; et l’ongrossit ainsi, jusqu’à une effrayante énormité, lecodé des lois militaires, sans avoir une constitu-tion, sans avoir une loi; il n ’y eut plus de règle,plus de discipline; les soldats n’eurent plus d’a-mour delà patrie ; le désordre , le despotisme mili-taire, l’anarchie, allèrent ainsi en empirant jusqu’àce que, de dégradations en dégradations, on arrivâtau point où il n’y eut plus de Romains dans les lé-