DES INSTITUTIONS JVIIITTAIKES. 1G7
Si j’examine cette fameuse circulaire de M. deScgur (1781) (une disposition aussi sérieuse nefut pas même l’objet d’une ordonnance), portantque les emplois d’ofliciers ne seraient plus ac-cordés à des personnes non nobles, je ne vois pasl’auteur aussi condamnable qu’il semble l’ètre ;il faut voir en lui plutôt un homme d’état qui,dévoué à la monarchie absolue, voulait en con-solider le régime, en lui attachant une classe puis-sante. M. de Ségur, en eilet, ne faisait que seconformer aux maximes de la politique ordinaire ;seulement il me semble avoir oublié qu'il arri-vait trop tard, et que, du moment où la classeintermédiaire, riche, nombreuse, industrieuse,maîtresse du peuple, avait envahi les écoles à peuprès délaissées par la noblesse, cette classe étaitdevenue de fait, en quelque sorte, en possessionforcée des emplois, et qu’il fallait désormais, sinongouverner par elle et pour elle, au moins ne passe dispenser de gouverner avec elle.
Dans cet état de choses, l’argent continuait àêtre le seul nerf de la guerre ; et plus ce nerfagissait, plus il neutralisait tous les autres ; pluson achetait les soldats, moins on avait de citoyens ;et moins on avait de citoyens, et plus chèrementil fallait acheter les soldats. Cependant les contrô-leurs-généraux ne savaient, pour la plupart, qu’i-maginer des emprunts, des loteries, ou faire desbanqueroutes. Galonné, depuis Turgot , fut le seulqui, sondant la plaie dans toute sa profondeur, osaproposer le remède. « Si les abus, disait-il, sujet