DU RECRUTEMENT.
193
felent, aux termes de la loi, faire le fond du re-crutement, n’étant notoirement que l’accessoireà cause de leur insuffisance, la faculté subsidiairedes appels devient faculté principale; et commecette mesure atteint tous les jeunes Français indis-tinctement, elle rétablit dans sa force primitive leprincipe : « tout Français est soldat. »
Or, les engagemens volontaires sont insuffisans,parce qu’ils le furent, même en temps de paix sousLouis XVI et sous Louis XV , presque autant qu’ilsl’avaient été en temps de guerre sous Louis XIV :ce qui, ainsi que nous l’avons vu en parcourantl’histoire, obligea sans cesse le gouvernement àincorporer les milices, ou à acheter des soldats àl’étranger. Il est prouvé par des calculs certains,depuis 1776, que les engagemens donnaient à peinepar an seize mille hommes, dont Paris fournissaitle tiers. Les engagemens sont devenus de nos joursplus insuffisans encore, parce que la nouvelle tac-tique employant la moitié des armées à protégerl’immense matériel de la guerre, la force numé-rique des troupes se trouve considérablement éle-vée; en second lieu, parce que la division deshéritages particuliers et le jiartage des domainesnationaux ont singulièrement multiplié la classedes propriétaires, et qu’il n’y eut jamais queles malheureux ou les étourdis qui allassent sejeter dans les bras d’un recruteur. Les engagemenssont devenus insuffisans encore, parce que les Fran-çais 11’ont plus à chercher, sous le patronage d’unmeilleur maître, un refuge contre un dur et hu-
i3
1.