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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1795: 101

Avec des forces imposantes, on devait porter la guerre au cœur del’Allemagne ; on se borna à entreprendre le siège de Mayence . Maîtreseulement de la rive gauche, on ne pouvait songer à enlever la place;on se contenta d’abord de la resserrer de manière à couvrir le Palatinat et à empêcher l’ennemi de déboucher. Quatre divisions y furent consacréeset se retranchèrent en demi-cercle, depuis Monbach jusqu’à Laubenheim.Elles ne suffirent cependant pas à compléter le blocus. Par la faute dugénie, un intervalle resta découvert entreLaubenheimetlcRhin.il fallaitdonc préalablement se porter au-delà du fleuve et faire reculer les deux ar-mées ennemies. Depuis le commencement de la guerre, on n’avait pointencore tenté l’opération difficile du passage d’un grand cours d’eau. LaSambre n’est qu’un ruisseau, l’Ourthe , l’AivailIe, la Roër sont guéables;mais le Rhin, au-dessous de Mayence , est profond de 5 mètres et d’unelargeur moyenne de 600.

Selon le plan arrêté, Jourdan devait commencer le mouvement. Il tirades embarcations du Bas-Rhin, de l’Erfft et de la Moselle , et il disposases colonnes: la droite, sous Marceau, à Neuwied ; le centre, qu’il diri-geait en personne, à Cologne ; et la gauche, sous Kleber, à Urdingen. Ace dernier endroit, le fleuve rentre sur le terrain occupé par les Fran-çais; dans le coude, s’élève une île dont ils étaient maîtres. A la nais-sance de la courbe, des batteries se croisaient pour sillonner la rive op-posée; d’Erbach se bâta de la couvrir de retranchemens, où il renferma15,ooo hommes flanqués par la place de Dusseldorf et par l’Anger, petitruisseau qui le séparait des possessions neutres de l’électeur Palatin.Mais ce prince n’avait pas encore satisfait aux conditions du traité deBâle , et ses retards permettaient d’emprunter son territoire sans motiverd’opposition de la part des troupes prussiennes cantonnées sur les bords dela Ruhr . Dans la nuit du 6 au y septembre, 3ooo hommes de la divi-sion Lefebvre prirent terreàEichelkampf et se portèrent vivement sur An-germund. D’Erbach essaya vainement de leur tenir tête; on culbuta sadroite, on força le passage de l’Anger. Au même moment, 5o barquesdébouchèrent de l’Erfft dans le Rhin et jetèrent 400 hommes aux portesde Dusseldorf . Leur général osa sommer le gouverneur de se rendre, nelui laissant qu’un délai de dix minutes; celui-ci, effrayé par une violentecanonnade, obéit, et, avant le jour, d’Erbach ayant perdu l’appui de sesdeux ailes abandonna la position. Cependant les bateaux masqués par l’îled’Urdingen furent lancés dans le Rhin et transportèrent sur sa rivedroite le gros du corps d’armée; on établit dans la matinée même un pontsur lequel passèrent la cavalerie, l’artillerie et les bagages.

Il eut été difficile d’imaginer un plus beau succès; en quelquesheures, on s’était rendu maître de la rive droite et d’une forte tête de