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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1796.

Ulm n’était pas occupé. Desaix y jeta quelques troupes, et s’en servitun moment pour contenir la droite de l’ennemi. Aussitôt qu’il l’eut éva-cué, Latour détacha sur Tubingen le corps de Nauendorf pour ouvrir lacommunication avec la gauche du prince Charles commandée par Pc-trasch et pour occuper Rothweil; en même temps il étendit sa gauche ducoté de Schusscnried dans le but de tourner Fcrino et de le prévenir surle lac de Constance .

Il était nécessaire d’arrêter ces entreprises et de livrer bataille. Moreauconcentra Desaix et Saint-Cyr autour du lac de Feder. Là il attend queson adversaire ait passé le Riss; lorsqu’il le voit déployé au-delà de la ri-vière, il court à lui, perce sa ligne, et entre dans Biberach , son uniquedébouché , et ne lui permet de se frayer passage qu’au prix de 4ooo pri-sonniers , /jooo morts et blessés, et 18 canons.

Après cette brillante victoire, Moreau était maître de rentrer à Stras-bourg par la vallée de la Kintzig en écrasant Nauendorf et Petrasch oude continuer à suivre sa ligne de retraite : ce dernier parti lui parut moinshasardeux. Il dirigea ses convois et scs prisonniers le long du Rhiu surUnilingue, après quoi il laissa Fcrino, en arrière-garde à Tuttlingen , etchargea Saint-Cyr d’ouvrir parNeustadt, la gorge du val d’Enfer , pen-dant que Desaix prit position à Rothweil pour attirer et retenir les corpsimpériaux. Saint-Cyr parvint à Freibourg sans rencontrer d’obstacle sé-rieux. Fcrino d’abord, puis Desaix le suivirent, et l’armée entière se dé-ploya dans la vallée du Rhin. De son côté l’archiduc accourait; déjà sagauche après avoir replié les faibles postes laissés par Moreau en obser-vation devant Mannheim, avait tenté d’enlever Kehl par un coup de main;repoussée avec vigueur par la garde nationale de Strasbourg , l'archiduc scmit lui-même en marche pour couper la retraite de Moreau.

Toutes les forces opposées étaient donc en présence; elles se rappro-chèrent encore, Moreau pour dégager Kehl , l’archiduc pour couvrirles opérations du siège.

Les deux armées se heurtèrent à Emmendingcnet sur l’Elz, et ce rudechoc ne produisit rien de décisif; cependant les Français désespérant derompre les impériaux, se replièrent à Freibourg , d’où Desaix se rendit àNcuf-Brisach; les deux autres corps reculèrent jusqu’à Huningue et pas-sèrent le pont après avoir soutenu à Candcrn et Sehlicngeu de brillanscombats.

Telle fut cette retraite qu’on a si diversement jugée. Si la critique nes’adresse qu’aux combinaisons stratégiques, il est indubitable que Mo-reau a commis une grande faute en ne liant point, dès le départ de l’ar-chiduc, scs opérations à celles de l’armée de Sambre-et-Meuse. Mais à laprendre isolément, une marche rétrograde de 8o lieues, sans magasins,