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Tableau des guerres de la révolution de 1792 à 1815 / par P.G. [Paul Gayant], ancien élève de l'Ecole Polytechnique
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CAMPAGNE DE 1808. 32T

armées étaient clans une situation qui n’était pas sans exemple, et la vic-toire était réservée au plus audacieux. Si Dupont se trouvait pris entreCastanos et Reding, ce dernier était pris entre ses feux et ceux de Yedel,et des coups dirigés contre lui avec l’ensemble et la résolution dont Ri-voli, Hohcnlinden et d'autres rencontres offraient le souvenir, eussententraîné son entière destruction.

Le choc imprévu de Yedel dérouta en effet l’ennemi. Un régiment futenlevé et déjà tout pliait, quand un officier de l’état-major de Dupont,traversant le champ de bataille, vint lui apporter l’avis que l’on négociaitet l’ordre de cesser le feu. Vedel obéit à contre-cœur, ne sachant au restequelle était la nature des négociations. Elle était bien changée depuisquelques instans. L’avant-garde de Castanos avait atteint la rive droite dela Ramblar; l’exigence des vainqueurs devenait extrême, et il ne s’agis-sait plus d’une convention tendant à évacuer l’Andalousie , On deman-dait impérieusement une capitulation pure et simple, une capitulationen rase campagne! Vedel, indigné, fit proposer au général en chef derompre les pourparlers et de s’en remettre au sort des armes; mais celui-ci ne trouva point, dit-on, dans sa troupe affaissée, l’énergie que suppo-sait cette noble détermination. On signa donc une convention désastreuse,qui ne fut pas même exécutée, en vertu do laquelle les soldats qui ve-naient de combattre sous Dupont, durent déposer les armes, et les autrestroupes se rendre dans les ports voisins pôurêtre embarquées et conduitesen France . Pendant les dernières entrevues, Vedel s’était éloigné; lesEspagnols crièrent à la trahison, ils le sommèrent de s’arrêter, mena-çant de passer au fil de l’épée lés soldats qui étaient cernés. Sort conseilde guerre émit l’avis de se soumettre, il céda ; il en fut de même des au-tres corps, et les 18 à ao,ooo hommes qui couvraient le midi de l’Espa-gne , furent perdus pour la cause française.

Celte catastrophe retentit dans toutes les parties de la Péninsülc. Ma-drid , si morne depuis les journées de mai, s’exalta de plus belle. Desgroupes animés se formèrent dans les places et les rues populeuses. Lesnoms de Brtÿlcn, de Castanos , volaient de bouche eh bouche; on profé-rait contre la nouvelle cour des imprécations menaçantes, on invoquaitl’armée victorieuse. La joie n’eut plus de bornes, lorsqu’on sut qti’èlles’avançait à travers la Manche. Joseph ne crut point pouvoir lutter Con-tre l’explosion que son arrivée promettait, et il donna l’ordre dô se re-plier au-delà de l’Ebre .