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Tome premier.
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CH AP. I. PREMIÈRES ANNÉES.

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l’alarme contre mon ambition, et je n’ai ja-mais eu une puissance relative aussi for-midable que celle-là. J’ai occupé plus deterritoire, il est vrai, mais cette occupationétait hostile, puisqu’elle était contestée parla moitié de l’Europe et par une partie mêmedes peuples que j’avais envahis; tandis quesous Louis xvi ces peuples étaient volon-tairement les alliés de la France .

Coup-d’œil sur la révolution.

La glorieuse guerre d’Amérique en futle premier résultat. Elle eût probablementbrisé le sceptre maritime de l’Angleterresans l’incurie d’un premier ministre octogé-naire (Maurepas - ), qui savait mieux faire desjeux de mots et des madrigaux sur desbatailles navales que diriger les affaires del’état.

Malgré nos fautes, l’Angleterre fut à laveille de perdre les Antilles : elle perdit sesbelles provinces d’Amérique . Malheureuse-ment cette guerre amena des conséquencesgraves , auxquelles personne n’aurait dûs’attendre. Elle avait occasionné des dettes ;il fallait, pour les payer, que les biens im-menses de la noblesse et du clergé fussentimposés comme les autres. Le ministère osale vouloir; la noblesse et le clergé s’y refu-sèrent. Ces fameux défenseurs de l’autel etdu trône sapèrent ainsi eux-mêmes, parégoïsme, les bases de ce trône pour lequelils ont affecté tant de dévouement. Dans cemême instant, M. Devergennes mourut, etses successeurs oubliant la politique natio-nale , laissèrent pâlir l’auréole de gloire deLouis xvi dans l’affaire de Hollande, où ilssouffrirent que le parti anglais dominât.D’un autre côté, ils perdirent tous les avan-tages de l’alliance avec l’Autriche ,en repous-sant les projets de Joseph n, et en le déci-dant à se jeter dans l’alliance de la Russie .Ces deux fautes leur enlevèrent toute consi-

dération en Europe , et dénaturèrent lesfruits de la politique de M. de Choiseul. Cefaible ministère se vit en même temps mé-prisé au dehors, assailli au dedans. L’em-barras financier ne faisant qu’empirer, ilfallut avoir recours aux états-généraux. Onmit ainsi en présence deux classes enorgueil-lies de privilèges qui les aveuglaient, et l’ho-norable masse du tiers-état, qui demandaitl’abolition ou du moins la modification deces privilèges.

Du choc de ces intérêts, qu’il fallait évi-ter, résulta la révolution.

La vieille rouille féodale ne pouvait plusse soutenir avec un tiers-état aussi riche etaussi éclairé que celui de la France à la findu dix-huitième siècle. Depuis vingt ans larévolution était dans tous les esprits, dans lamagistrature, dans la noblesse, dans l’armée,dans toutes les têtes ; elle était à la courmême. La cour et l’autorité étaient le pointde mire de tous les amours-propres blessés,de toutes les petites ambitions : les uns luiopposaient l’orgueil aristocratique de laFronde ; les autres, les prétentions démo-cratiques des Niveleurs . Mais quand l’étatest dans des mains fermes et habiles, les tê-tes ont beau être en effervescence, cela neproduit pas encore un bouleversement. L’ho-rizon politique de la France était couvert dematières imflammables ; il fallait en écartersoigneusement les moindres étincelles, et legouvernement au contraire y plaça lui-mêmeune mèche allumée. Il amena les partis enprésence, les provoqua successivement, etleur céda par faiblesse. On heurtait lesgrands ; on irritait la masse de la nation ;on se disputait avec les magistrats ; on hu-miliait l’armée; et, pour mettre le combleà la sottise, on ordonnait aux troupes dese laisser maltraiter par le peuple qu’on sou-levait.

Quand d’immenses intérêts publics sont