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Tome premier.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

prêts à se choquer, et qu’une révolutiondevient inévitable, un chef habile doit s enemparer, se placer à sa tête, lui assigner lepoint où elle doit s’arrêter, et savoir mou-rir plutôt que de laisser franchir cette limite.

Les révolutions proviennent toujours d’o-pinions ou d’intérêts comprimés, et quel-quefois d’opinions réunies à l’intérêt. Quandles choses en sont venues au point où ellesdoivent éclater, il faut savoir satisfaire auxintérêts fondés sur la justice et la raison;alors les opinions se calment toujoursd’elles-mêmes (j’en excepte les affaires reli-gieuses).

Loin d’en agir ainsi, le ministère deLouis xyi , frondé par la magistrature etpar les notables, tomba entre les mains deNecker, qui, pour se procurer un appui,résolut dédoubler l’importance du tiers-état.

La mesure était sage, mais le modeadopté était dangereux... La cour se divisaelle-même en deux partis ; il y eut dès lorsdeux gouvernements : celui qui voulait lesystème de Necker avec les réformes, etcelui qui n’en voulait pas.

Les états-généraux assemblés dans unetelle disposition des esprits avec le double-ment du tiers-état, et le vote par tête dansune seule assemblée, devaient produire im-manquablement l’étincelle qui mettrait lefeu aux poudres.

Journées décisives des 17 , 20 et 23 juin 1789 .

Les trois ordres devaient voter séparé-ment ; le tiers-état voulut qu’ils votassentensemble et par tête, parce qu’étant plusnombreux que les autres, il y gagnerait del’importance. La noblesse et le clergé s’yrefusèrent ; le tiers-état se constitua, le 17juin , en assemblée nationale. On fermale lieu de ses séances le 20 ; ses meneurs seréunirent au Jeu de Paume, et jurèrentde ne pas se séparer sans avoir donné une

constitution à la France . Il était évident quesi la cour souffrait une telle innovation, la ré-volution serait de fait dans l’état. Elle eût étéétouffée dans son berceau, si le roi avaitsenti ce jour-là que le seul moyen de sau-ver la monarchie était de dissoudre l’assem-blée qui venait de s’ériger elle-même engouvernement contre toutes les lois duroyaume. Il en eut le projet, le courageseul lui manqua lorsqu’il s’agit de l’exécu-ter. Peut-être la révolution n’en eut-elle étéque retardée; mais si quelque mesure pou-vait l’empêcher, c’était celle-là, surtout sion l’eût accompagnée d’un juste mélangede fermeté et de réformes nécessaires.

Le 23, Louis xvi se rend à l’assemblée,la déclare illégale, promulgue quelques con-cessions, et ordonne aux députés de se dis-soudre. Après ce discours, le roi part; lesdéputés n’obéissent pas. Le grand-maîtredes cérémonies vient les sommer de se re-tirer. Mirabeau déclare qu’ils ne sortirontque par la force des baïonnettes. Au lieude les y contraindre, on permet à l’assem-blée de se réunir les jours suivants ; et leroi ordonne même au clergé et à la noblessed’aller se joindre à elle. Necker, qui luidonna ce conseil, peut s’imputer tous lesévénements qui en dérivèrent.

On a beaucoup déclamé contre les philoso-phes et la philosophie en leur attribuant larévolution. Rien n’est plus absurde; siLouis xvi avait pris Mirabeau au mot, ilest probable que les états-généraux eussentmarché comme ceux qui les avaient précé-dés, et tous les Voltaire du monde n’eus-sent pas changé la face de la France . La ré-volution fut consommée du jour où le trôneen vint aux mains avec une pareille assem-blée, dominée par desambilieux. Mirabeau ,Sieyès , et tous les meneurs de l’assemblée,pour ne pas être traités en criminels d’état,n’eurent plus d’autre parti à prendre qu’à