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Tome premier.
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CHAP. I. PREMIÈRES ANNÉES.

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démolir pierre à pierre l’édifice de la mo-narchie; il leur fut impossible de reculer;il ne leur restait qu’à vaincre ou à mourir.Il ne leur était pas difficile de vaincre, puis-que tous ce qu’ils entreprenaient, ils l’or-donnaient au nom même du gouvernement,dont ils avaient envahi l’autorité, et l’exé-cutaient par la multitude , à laquelle ilssurent mettre les armes à la main avectoutes les formes légales.

On a accordé trop de part à l’action dupeuple dans la révolution, parce qu’on apris l’effet pour la cause. On a dès lorsbeaucoup trop redouté les insurrectionspopulaires. La révolution n’a pas durélongtemps ; elle a été faite en quelquesjours. On s’y est naturellement enfoncé peuà peu, à mesure que les factions se sontsuccédé et que les menaces de l’étranger etde la réaction, plaçant les meneurs dansune situation désespérée, les portèrent àdéchaîner toutes les fureurs de la démago-gie. Cela est si vrai, que si j’avais été mi-nistre de Louis xvi , la révolution eûtété terminée le 23 juin vtm. J’aurais sude la même main terrasser les ennemisdu trône et accorder à la nation cequ’elle méritait.

Vainqueurs au 17 et au 23 juin, les chefsdu tiers-état préparèrent à leur aise le 14juillet. Cette journée les ayant rendus maî-tres du gouvernail, ils eurent dès lors,sous la dénomination de gardes nationales,une puissante armée à leurs ordres, et netardèrent pas à s’emparer des troupes deligne. Jusque là le mal n’était pas grand;le système des courtisans et du favoritismeallait faire place à un gouvernement natio-nal; mais malheureusement les meneurs,étonnés de leur pouvoir, crurent le con-solider en réduisant l’autorité royale à unvain fantôme. Ce fut là leur plus grandefaute, car elle ébranlait tout l’édifice de l’é-

tat. Ils attaquèrent avec plus de raison lesprérogatives du clergé et de la noblesse ;ceux-ci soulevèrent des résistances, maisla masse de la nation les accabla. Ces dissi-dents, au lieu de gagner simplement dutemps, eurent l’imprudence de chercherun appui dans l’étranger, et dénationalisè-rent ainsi leur cause.

L’opinion de Paris s’exaltait de jour enjour. D’un autre côté, le bruit courut quela cour voulait réunir quelques régimentsfidèles à Versailles . Les meneurs craigni-rent que Iacour ne fût transformée en uncamp, où Louis serait moins facile à in-fluencer. Ils résolurent d’amener le roi àParis , où il serait plus directement sous ladépendance du peuple. Les journées duseteoctobre furent excitées dans cette intention.Les indignes excès qui furent commis dansle palais de Versailles flétrirent les premierspas des Français dans la carrière où ils ve-naient de se précipiter avec un enthousiasmeirréfléchi, bien que le grand nombre voulûtla liberté avec le maintien du trône et de lamonarchie. Lafayette alla chercher le roi àVersailles à la tête de vingt mille gardesnationales et le ramena aux Tuileries , oùil fut chargé de veiller sur sa personne; carles gardes-françaises appartenant au partiopposé , et. les gardes-du-corps n’ayantpas tardé à être licenciés, sa garde setrouvait alors réduite à un régiment deSuisses .

Pour mieux atteindre son but, l’Assem-blée n’avait pas craint de déclarer que leroi ne participerait en rien aux discussionsconstitutionnelles, et qu’il n’aurait aprèscela que le droit de veto. Ce malheureuxmot ne rappelait que trop les diètes polo-naises, et il est étonnant que les législateursde la France n’aient pas été mieux inspiréspar les leçons de l’histoire. Sans doute leveto d’un seigneur polonais n’avait d’autre

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