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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
Ma situation se complique sur l’Adige .
Si rien n’avait pu arrêter jusque là mamarche victorieuse et l’expulsion de Beau-lieu de la Lombardie , tout pouvait encorechanger de face; car mes ennemis sem-blaient croître en forces à mesure queles miennes devaient se multiplier pour suf-fire à tout. J’avais franchi, plus rapidementmême que je ne l’avais espéré, ce vaste bas-sin du Pô , qui sépare l’Apennin et les Al-pes maritimes des Alpes tyroliennes : monarrivée impétueuse sur l’Adige présentaitune foule de combinaisons nouvelles.
Cédant à l’éclat de nos armes, les petitsprinces d’Italie avaient souscrit des armisti-ces à des conditions toutes glorieuses pournous ; mais le roi de Sardaigne et les ducsde Modène et Plaisance, en déposant lesarmes, n’étaient pourtant pas devenus nosamis. Les peuples de la Lombardie avaientprouvé qu’ils étaient pour le moins fort di-visés d’opinion à cet égard. La cour deRome s’agitait sur nos derrières, Naples pouvait la secourir, et s’avancer avec unearmée entière sur Ancône ou Sienne . LaCorse était au pouvoir des Anglais , quisoufflaient la discorde sur le continent; et,quoique la Toscane eût fait sa paix à Paris en 1795, il était à craindre que le cabinetde St- James ne jetât 10 mille hommes àLivourne pour rallier derrière nous cettemasse imposante d’ennemis. Je n’avais que45 mille combattants ; Mantoue renfermaitune garnison de 12 mille Autrichiens; Beau-lieu, réuni aux Tyroliens, avait 30 mille hom-mes dans la vallée de l’Adige , et un pareilnombre venant du Rhin était en marche surInspruck pour le joindre.
Situation et politique douteuse de Venise .
A ce tableau, qui est loin d’être surchargé,il faut ajouter que Venise pouvait elle seulefaire pencher la balance contre nous. Nous
avions foulé son territoire en suivant lesAutrichiens, à qui elle avait accordé uneroute militaire pour aller du Tyrol a Milan :elle n’avait pas le droit de s’en plaindre ; mais,en nous emparant de l’arsenal de Peschiera et de la place de Vérone , en les faisantarmer, en exigeant des provinces de terreferme de nourrir l’armée, en y propageantdes idées d’indépendance, nous devions né-cessairement nous aliéner son gouverne-ment. Ce n’était pas ma faute, les circon-stances m’entraînaient ; je ne pouvais pasnourrir l’armée autrement que par réquisi-tion , et sa sûreté exigeait l’occupation despostes dont elle se saisit.
Si Venise avait voulu conserver la neutra-lité, il fallait, aussitôt après que Beaulieu sefut replié derrière le Pô , qu’elle formât uncordon de 20 mille hommes sur le Mincio, enabandonnant les provinces situées à la rivedroite, pour servir de communications auxbelligérants par Gavardo avec le Tyrol, dé-clarant qu’elle se prononcerait contre lepremier qui tenterait de fouler le reste deson territoire. Pesaro en fit la proposition, etsollicita le sénat de courir aux armes pourle faire respecter.
Mais cette reine de l’Adriatique jadis en-trepôt de l’Orient, qui avait lutté contrel’Europe à l’époque de la ligue de Cambrai ,et tenu la balance de l’Italie dans les guerresde Charles vin, Louis xii et François i er ,était plongée depuis deux siècles dans unsommeil léthargique. Depuis la découvertedu cap de Bonne-Espérance , elle était déjàdéchue sous le rapport maritime. La pertede la Morée, qui fut abandonnée aux Turcspar la paix de Passarowitz, l’avait énervéesur terre.
La république comptait, comme celle deHollande, près de trois millions d’habitants ;ses revenus s’élevaient à trente millions. Sesforces de terre ne se composaient que de