63
Cette incertitude de nos relations avec lePiémont me faisait vivement sentir la néces-sité de nous assurer de Gênes . Nous étionsaventurés sans base d’opérations et sansligne de retraite, si le Piémont venait àchanger de politique : la possession deGênes nous procurait l’une et l’autre. Jen’étais guère en mesure de l’obtenir deforce, et nous n’avions pas de motifs pourune démarche hostile.
Les premiers succès de l’armée avaientfait fermer le port de Gênes aux bâtimentsanglais , en représaille des hostilités com-mises par eux, en 1795 , contre des naviresfrançais . Le sénat refusa même de recon-naître plus longtemps le comte de Gi-rola, envoyé de l’empereur, sous prétextequ’il avait excité les troubles des fiefs im-périaux. Le peuple génois, qui entretenaitde grandes relations commerciales avec laFrance , était bien disposé; et le sénat avaitdonné trop de preuves de modération pourqu’on ne dût pas en être satisfait. Mais cen’était pas assez, ni pour l’ambition du Di-rectoire , ni pour mon repos; et nous au-rions voulu que la Ligurie fît décidémentcause commune avec la France . La présencedu ministre anglais Drake, les bruits qu’il ré-pandait à dessein sur les derrières de l’ar-mée, l’enlèvement de la frégate la Modeste,et autres affronts dont Gênes n’était pointcoupable, me parurent des griefs plausi-bles. Bien convaincu qu’il suffit parfois deprendre un ton impérieux pour se fairecraindre, je dépêchai, au moment où desembarras de toute espèce m’inquiétaientsur l’Adige, un aide-de-campau doge, avecune série de griefs dont je demandais répa-ration ; menaçant, en cas de refus, de mar-cher sur Gênes . Mais le moment n’étaitguère propice : Faypoult me démontra
qu’un éclat intempestif gâterait tout; d’ail-leurs , la nouvelle que le Directoire traitaità Paris avec la république détourna le coup ;et, en attendant que je pusse en porter undernier à son indépendance, je la rançon-nai par de nouvelles demandes d’argent.
Le 9 octobre, un traité stipulant le paie-ment de quatre millions, la clôture du portaux Anglais , et le libre passage à nos trou-pes et aux convois destinés pour l’arméed’Italie, transforma Gênes en place d’armesfrançaise .
Troubles dans les fiefs.
Les paysans des fiefs impériaux, instiguésselon les uns par les agents de Faypoultmême, et selon d’autres par le comte de Gi-rola, ne s’accommodèrent point de ce traité,et organisèrent un second soulèvement.Le .fief de Ste-Marguerite, situé avantageu-sement dans la vallée de la Scrivia, fut lefoyer de la révolte. On y rassembla les pri-sonniers de guerre échappés et les déser-teurs , afin de les envoyer ensuite dans leTyrol, en passant par Sestri di Levante. Làétait un dépôt d’armes et de munitionsqu’on retirait en secret de Gênes . Wurm-ser, instruit de ces mouvements, voulutqu’un officier fût chargé de leur direction ;mais il fut encore prévenu dans cette occa-sion : les Français envoyèrent des colonnesmobiles dans les fiefs, dissipèrent le ras-semblement , prirent des otages, et s’empa-rèrent des armes. Au reste, à l’exceptiondes Barbets, qui inquiétaient les passagesde l’Apennin, tout le nord de l’Italie setrouvait assez tranquille, grâces à la pré-sence de la petite armée de Kellermann.
Affaires de Corse.
La possession de la Corse devenait dejour en jour plus difficile et plus onéreuseaux Anglais . Non seulement la déclaration