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NAPOLÉON AU TRIBUNAL UE CÉSAR, ETC.
CHAPITRE IY.
Situation des Anglais dans l’Inde. Expédition d’Égypte. Prise de Halte. Entrée des Français à Alexandrie .Bataille des Pyramides. Prise du Caire. Bataille navale d’Aboukir. Desaix soumet la haute Égypte .Expédition de Syrie. Retour en Égypte. Les Turcs descendent à Aboukir, et sont détruits. Bonaparte retourne en France .
Situation difficile où je me trouve à Paris .
Le brillant accueil que je venais de re-cevoir dans la capitale aurait enorgueilli leplus modeste, et encouragé le moins am-bitieux. Il était aisé de voir que je pouvaisaspirer à tout en France . Néanmoins lemoment n’était pas encore venu d’en profi-ter, et de donner tout l’essor à ma popula-rité; il fallait attendre que le Directoireeût achevé de se discréditer. La France m’avait proclamé son héros ; mais ce n’é-tait pas assez, et pour devenir le chef del’état, il fallait en être le sauveur et le res-taurateur.
Quels que fussent mes titres à la recon-naissance nationale, cela ne me donnait pasle droit de renverser le gouvernement éta-bli, auquelje devais mon avancement rapideet une partie de ma gloire : il fallait qu’ilse détruisît lui-même par son incapacité etpar les désastres qu’il attirerait sur laFrance ; alors seulement je pourrais pa-raître sur la scène, en qualité de sauveurde la patrie. Gomme je savais à qui j’avaisà faire, je ne doutais nullement que celan’arnvât tôt ou tard. Il n’y avait qu’à aban-donner les pauvres têtes du Directoire àleurs propres moyens ; car, indépendam-
ment de la faiblesse des individus, leschoses n’étaient pas de nature à pouvoirdurer. En effet, ou le Directoire attenteraità la liberté en se saisissant de la dictature,à l’exemple du comité de salut public, oubien il serait dévoré par l’anarchie, ainsique le conseil exécutif de 1792 : dans lesdeux hypothèses, la chute était inévitable.
Origine de la guerre d’Égyple.
Cependant le rôle que j’avais à jouer, enattendant l’événement, était embarrassant.On m’avait conféré le titre pompeux, maisillusoire, de général en chef de l’arméed’Angleterre. C’était un épouvantail dont lecabinet de Londres ne pouvait être dupe ;car rien n’était préparé à cette époque pourlui donner de la réalité : tout ce qu’on au-rait pu faire, c’eût été d’aller en Irlande je-ter 20 à 30 mille hommes : entreprise avan-tageuse, sans doute, mais qui me convenaitpeu.
J’étais un personnage trop important pourqu’il me fût possible de demeurer à Paris lesbras croisés. Quoique le Directoire eût mêléses acclamations à celles de toute la France ,je savais que Rewbel et Merlin m’en vou-laient secrètement : sous le prétexte de la