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Tome premier.
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CHAP. IV. ANNÉES 1798 ET 1799.

hiérarchie des pouvoirs, ils blâmaient la ré-solution que j’avais prise de mon chef; ilsm’accusaient d’avoir traité avec l’Autriche au lien d’aller à Vienne , ce qui, à les enten-dre, eût assuré la révolution de l’Allema-gne , et donné à Rewbel le plaisir de fabri-quer quelques républiques démocratiquessur les débris du saint-empire. C’était, seloneux, le moyen le plus immanquable d’assu-rer le triomphe des principes et la prépon-dérance de la France sur tous ses voisins.Ils ne calculaient pas qu’on ne révolutionnepoint un empire comme l’Autriche aussi ai-sément que Rome ou Milan , ou, pour mieuxdire, ils ignoraient que rien n’était moinsdisposé à leurs utopies que les peuples sou-mis au cabinet de Vienne . Leurs déclama-tions sourdes contre moi étaient révoltantes.Il fallait prendre un parti ; car tous les joursles factions les plus opposées venaient frap-per à ma porte : tantôt les agents royalistescherchaient à me démontrer l’impossibilitédu système républicain en France , et àm’exciter à la restauration de la monarchie;tantôt les plus ardents sectateurs de la ré-publique venaient se plaindre des attentatsdu Directoire contre la liberté, et atten-daient de moi que je fisse le Gracchus. Jedevais donc me décider, ou à conspirer con-tre le Directoire , ou à faire cause communeavec lui. Je ne voulais pas encore faire l’un,je ne voulais plus faire l’autre. Le seul partiraisonnable était de m’éloigner, mais dem’éloigner avec éclat. Je savais qu’il fallaitfixer l’attention pour rester en vue, et qu’ilfallait tenter pour cela des choses extraor-dinaires , parce que les hommes savent gréde les étonner.

Plusieurs lettres anonymes, parfaitementrédigées, m’avaient déjà été adressées pourme prémunir sur la difficulté du rôle quej’allais jouer en France . L’une de ces lettresme conseillait de créer un état pour moi en

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Italie, comme Dumouriez avait imaginé d’enétablir un en Hollande. Mais je n’étais passonge-creux à ce point-là : je reviendraiplus tard sur cette proposition.

J’avais parlé vaguement pendant les né-gociations deCampo-Formio d’un projet surl’Égypte , toutefois je ne pensais pas alors àm’en charger. Talleyrand avait aussi goûtéce projet. A mon retour, j’offris de le mettreà exécution. Les résultats pouvaient êtreimmenses, et cela suffisait pour que la tâcheme parût digne de moi.

On pense bien que la majorité des direc-teurs auxquels je portais ombrage accueillitavidement une proposition qui les débarras-sait du pacificateur dont ils redoutaient lapopularité. Ils étaient dans l’enchantementde me voir ainsi courir au-devant de leursvues par un exil volontaire.

Quelques hommes d’état voulurent meretenir, en me faisant sentir que je seraisappelé parla force des circonstances à pren-dre le timon des affaires. Je leur répondisque la poire n’était pas mûre, et que j’allaischercher de nouveaux titres à leur con-fiance.

Nous n’avions pas de notions fort exactesde ce qui se passait dans l’Orient, car laperte de Pondichéry et les embarras oû larépublique s’était trouvée, ne lui avaient pasmême laissé le désir de s’en occuper. Maisce que nous savions bien, c’est que Tippoo-Saëb, chef de l’empire de Mysore , fondépar Hyder-Aly avec l’appui de la France ,avait proposé à Louis xvi , en 1788, de chas-ser les Anglais de l’Inde , si on lui assuraitun secours de 8 mille Européens avec unbon nombre d’officiers pour conduire sestroupes ; et que Louis xvi , inquiété chez lui,n’avait pas accepté une proposition qui luidonnerait l’embarras d’une guerre maritimeau moment où il était menacé d’une révolu-tion, Enfin nous savions que les Anglais ,