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Tome premier.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

pour punir Tippoo de ce message, avaientsecondé le Nizam contre lui, et, après l’avoirinvesti dans Seringapatnam, lui avaient im-posé en 1792, un traité qui le dépouillaitd’une partie de ses états. Il était naturel dèslors que nous comptassions sur l’appui dusultan de Mysore . Nous n’ignorions pas nonplus que les Marattes, quoique ennemis dela race mogole et musulmane, n’aimaientguère mieux la compagnie anglaise, et qu’ilserait possible de trouver parmi eux les élé-ments d’une puissante alliance.

Toutefois, comme il est nécessaire pourbien apprécier l’expédition d’Égypte deconnaître l’état réel de l’Inde à cette épo-que, il est bon de reprendre les chosesd’un peu plus loin.

État de l’Indostan.

Le prince tartare Aureng-Zeb , contem-porain de Louis xiv , étendant les conquê-tes de ses prédécesseurs, fonda au milieude l’Inde l’empire mogol, dont la popula-tion ne s’élevait pas à moins de 50 millionsd’habitants. Riche d’un revenu de 900 mil-lions, et capable de mettre 800 mille hom-mes sur pied, cet empire était divisé en ungrand nombre de provinces gouvernées pardes soubabs et des nababs.

Ce conquérant mourut en 1707; et telleest la misérable condition de ces dynastiesdespotiques de l’Orient, que quarante ansétaient à peine révolus, quand ses succes-seurs , en guerre d’un côté avec leurs vas-saux, assaillis de l’autre par les Persans,sous le terrible Thamas Kouli-Kan, harce-lés enfin par les Marattes, furent réduits àimplorer l’appui des Européens en leurabandonnant quelques provinces.

On ne saurait tracer une esquisse satis-faisante des bouleversements qui se succé-dèrent dans la presqu’île du Gange durantles cinquante dernières années : ces révo-

lutions , qui portent un cachet tout parti-culier, semblent plutôt appartenir aux con-tes arabes qu’à l’histoire. L’élévation ou lachute d’une foule de petits despotes chan-geait à chaque instant les limites des états ;mais, à travers ces déchirements, il suffirade saisir l’ensemble des faits principaux,pour donner un aperçu de la situation del’Inde à l’époque des premières guerres dela révolution , et à celle où je m’en occupai.

Ce ne fut qu’au milieu du is° siècle quela compagnie anglaise, appréciant le sys-tème que l’habile Dupleix avait voulu dé-ployerpour la France , prit part pour la pre-mière fois dans les querelles des princesde ces contrées. Ici, comme en Europe , lapolitique britannique s’appliqua à diviserpour régner. Habile à soutenir tour àtour les princes indous contre les Musul-mans de la dynastie mogole, ou à combat-tre en faveur de ces derniers contre les na-turels du pays, dès que ceux-ci se mon-traient trop puissants, cette société parvintà s’approprier successivement les portionsles plus importantes du territoire de sesprotégés comme de ses ennemis.

A l’époque de la révolution française,cinq états principaux se partageaient l’Inde :ceux gouvernés par les princes musulmansétaient au sud, le Mysore , obéissant àTippoo-Saëb; au nord, le Mogol , soumisde nom à Schah-Alloun, et de fait à sesgrands officiers. Plus loin, au nord, Ze-man-Schah régnait sur les Afgans, habitantle Candahar et le Kaboul. A côté de ceroyaume s’étendait celui de Belouchistan,dont les peuples farouches se faisaient re-douter.

Enfin, au centre de la presqu’île onvoyait l’empire des Marattes, fondé par Sé-vaji, prince indou qui, s’étant maintenu enpossession du royaume de Sattarah, parvintensuite à reprendre la majeure partie des