108
NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
souffrir l’indépendance d’une foule de pa-chas récalcitrants, ne se jetterait pas aveu-glément dans les rangs de nos ennemispour une ombre de suzeraineté qu’à la ri-gueur nous eussions pu reconnaître aussibien que les Mamelucks . On avait tout lieude se flatter qu’on réussirait à convaincre leDivan de nos dispositions amicales , si on yenvoyait un négociateur habile, et Talley-rand dut se charger de ce soin.
Plein de confiance dans les résultats desa mission , je pressai vivement les prépa-ratifs de mon départ.
Afin de détourner l’attention de l’ennemides ports de la Méditerranée, où tout étaiten pleine activité, je profitai de mon titrede général en chef de l’armée d’Angleterrepour faire l’inspection des ports de la côte.Ayant poussé jusqu’à Anvers , je m’assurai,à l’aspect du superbe bassin de l’Escaut,des avantages inappréciables que nous tire-rions lin jour de cette place importante :elle fit sur moi l’effet que la belle Newaavait produit sur Pierre-Ie-Grand.
Te continent se brouille de nouveau.
Dans l’intervalle, l’horizon politique serembrunit sur le continent. Après mon dé-part de Rastadt , le congrès avait entamé lesdiscussions pour la paix avec l’empire. Lesplénipotentiaires français eurent quelquepeine à obtenir la cession de la rive gauchedu Rhin , car elle renversait la constitu-tion de l’empire germanique, en absorbantles trois électorats de Mayence, Trêves etCologne . Cependant les grandes puissancesprirent goût aux sécularisations, qui leurfaisaient espérer des acquisitions à leurconvenance. L’Autriche pensa à séculariserles archevêchés de Saltzbourg, de Passau ,de Trente; la Bavière , les évêchés de Fran-
conie (Wurtzbourg, Bamberg , Aichstedt);la Prusse songea à ceux de Munster, Pa-derborn, etc. On posa donc les bases d’ungrand système d’indemnités, et on recon-nut définitivement la ligne du Rhin à laFrance . C’était une vaine formalité, cardéjà tous les éléments d’une tempête semontraient à l’horizon. Il était évident quel’invasion de la Suisse , la formation de larépublique ligurienne, la révolution deRome , avaient déchiré le traité de Campo-Formio, et que l’Autriche , tout en tolérantles événements qui amèneraient l’exécutionde ce traité en ce qui concernait l’empiregermanique, se mettrait en devoir de de-mander que le Directoire y fût égalementfidèle de son côté : or, celui-ci s’était en-gagé avec trop de présomption dans la car-rière de la propagande pour qu’il pût reve-nir sur ses pas.
L’Angleterre s’était empressée de pren-dre acte de tous ces empiètements poursoulever de nouveau l’Europe contre nous,en portant l’alarme à la fois en Russie , àVienne, à Berlin, à Turin, en Toscane età Naples. Elle ne tarda pas à s’assurer querien ne serait plus facile que de tramer unenouvelle coalition.
L’empereur Paul, en montant sur letrône, avait, à la vérité, changé un instantla face des affaires du Nord. Le bruit étaitgénéral que la mort de sa mère venait d’ar-rêter la signature d’un traité de subsidesavec l’Angleterre. Déjà un ukase avait dé-cidé la levée de îao mille recrues, et soitque l’impératrice voulût prendre part à laguerre continentale, soit qu’elle résolûtd’entreprendre contre la Turquie , ou de sevenger des griefs que le jeune Gustave,futur roi de Suède , lui avait donnés par labrusque rupture de son mariage avec lagrande duchesse Alexandrine, ces prépa-ratifs annonçaient de grands événements.