CHAP. IV. ANNÉES 1798 ET 1799 .
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ces chefs avaient voulu se ployer à une règlecommune, et agir de concert pour la dé-livrance de l’Inde , nul doute qu’une coali-tion aussi formidable n’eût en peu de tempstriomphé de l’Angleterre; surtout si unedivision française, commandée par unhomme de tête, eût servi de régulateuraux opérations des forces combinées.
Étal des forces anglaises.
La compagnie n’avait alors pour alliésque deux ou trois nababs subalternes et leNizam ; encore ce dernier, en renvoyant lesbataillons anglais de sa garde pour se jeterentre les bras de Raymond, laissait croirequ’il reviendrait tôt ou tard à la politiquede son prédécesseur, qui avait combattu sousles drapeaux d’Hyder-Aly.
Mais la compagnie était déjà redoutablepar elle-même ; car les trois présidences dontelle se composait formaient de véritables em-pires. La principale, maîtresse de Calcutta ,du Bengale, de la côte d’Orixa et de la ri-che vallée du Gange jusqu’à Oude, était lecentre du gouvernement général, et ne lecédait guère à la mère-patrie en puissanceet en richesse. La seconde, composée despossessions du Décan autour de Madras, sié-geait dans cette dernière ville. Enfin, la troi-sième, établie à Bombay, réunissait lesétablissements de la côte de Malabar et deSurate, aux comptoirs du golfe Persique .Les forces dont les différentes présidencesdisposaient pouvaient s’élever à 25 mille eu-ropéens et 60 mille cipayes bien organisés.
But de l’expédition d’Égypte .
Tel était l’état de l’Inde quand j’entreprisde nous ouvrir une communication directeavec elle. J’étais convaincu que c’était le vraimoyen de frapper l’Angleterre au cœur; carà cette époque .l’Inde était tout pour elle :exclue du continent américain , elle n’avait
pas ce riche hémisphère à sa disposition.
L’expédition d’Égypte avait trois buts :i° d’établir sur le Nil une colonie française qui, sans recourir au système de culture paresclaves, pût tenir lieu à la république deSt-Domingue et de toutes les îles à sucre ;2° d’ouvrir de nouveaux débouchés à nosmanufactures dans l’Afrique, l’Arabie et laSyrie , et fournir à notre commerce toutesles productions de cette partie du monde ;3 0 enfin, de partir de l’Égypte comme d’unebase d’opérations pour porter une arméede 50 mille hommes sur l’Indus et souleverles Marattes, Indous, Musulmans, en unmot tous les peuples opprimés de ces vastescontrées. Une belle armée, composée moi-tié d’Européens , moitié de recrues des cli-mats brûlants du tropique, transportée par10 mille chevaux et autant de chameaux, por-tant avec eux des vivres pour 50 à eo jours,de l’eau pour 5 à 6 jours, et un train d’ar-tillerie de 150 bouches à feu de campagne,avec double approvisionnement, arriveraiten quatre mois sur l’Indus. Le désert cessed’être un obstacle pour une armée qui a enabondance des chameaux et des droma-daires.
Cette expédition devait donner une grandeidée de la puissance de la France ; elle de-vait attirer l’attention sur son chef ; elle de-vait surprendre l’Europe par sa hardiesse :voilà plus de motifs qu’il n’en fallait pourla tenter.
A la vérité, l’Égypte était tributaire de laPorte, l’un des plus anciens alliés de laFrance, puisque, dès le siècle de François i er ,elle avait constamment fait cause communeavec elle. Mais les Mamelucks étant les vraismaîtres du pays, et en révolte ouvertecontre le grand-seigneur, on devait penserque le Divan, déjà tout occupé de la guerrecontre Paswan Oglou, pacha de Widdin ,I et contre les Wechtabies, assez faible pour