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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
tombant de caducité. L’Ordre ne s’attendaitpas à notre visite, et rien n’était prêt pourla défense. Si je ne m’en emparais pas, riende plus sûr que les Anglais l’eussent fait, etle poste était indispensable pour nos commu-nications intermédiaires avec la France . Jecraignais que quelque vieux levain de gloirene portât les chevaliers à se défendre, cequi pouvait retarder et même faire man-quer mon expédition : ils se rendirent heu-reusement plus vite encore que je ne m’enétais flatté. II suffit de quelques démons-trations pour voir tomber entre nos mainsune des plus fortes places de l’Europe .
Après avoir laissé à Malte une bonnegarnison et les instructions nécessaires àla défense, je continuai ma traversée avecun rare bonheur. La flotte anglaise, quinous cherchait, croisa notre navigationsans nous rencontrer. Elle arriva avantnous à Alexandrie ; mais l’amiral Nelson,instruit que nous n’y avions pas paru, s’enfut nous chercher sur la côte de Syrie . Le30 juin au soir, nous arrivâmes devantAlexandrie . Dans la nuit même, je fis com-mencer le débarquement au mouillage deMarabou, et le lendemain je marchai surAlexandrie avec la partie de mon arméequi avait déjà débarqué. Une colonne suivitla plage de Marabou, et attaqua du côtédu Port-Neuf. Deux autres tournèrent laville, et vinrent l’assaillir du côté de lacolonne de Pompée et de la porte de Ro-sette. Une population nombreuse garnis-sait les murs et les tours de la ville desArabes. Mon artillerie n’était pas encoredébarquée; cependant nos colonnes enle-vèrent d’assaut cette première enceinte ; la
[1] On m’a accusé d’avoir voulu emmener avecmoi l’élite des généraux : c’est une insigne calomnie ;craignant avec raison la guerre continentale, je pro-
nouvelle ville et les forts capitulèrent lemême jour.
La possession d’Alexandrie me donnaitun pied assuré en Égypte . Le débarque-ment continua sans obstacle. Mon arméeétait forte de 30 mille hommes partagés encinq divisions aux ordres des générauxKléber, Desaix, Reynier, Bon et Me-nou [1] ; ma cavalerie, qui comptait 3 millehommes, n’avait pas plus de soo chevaux,le reste devait être monté dans le pays.
Pour ne pas donner le temps aux Mame-lucks de concerter leurs moyens de dé-fense, il fallait brusquer la conquête del’Égypte . L’élite de leurs forces se compo-sait de cavalerie la plus redoutable dumonde; l’infanterie ne consistait qu’en mi-lices hors d’état de se mesurer avec nossoldats. Le succès dépendait de la vivacitéde nos attaques et de la stupéfactionqu’elles devaient produire. Les croisésavaient échoué contre l’Égypte , parcequ’ils faisaient une guerre de religion, etqu’avec des armées lointaines ils s’atta-quaient aux masses entières de l’islamisme,dont chaque sectateur était soldat né. Ilfallait éviter ce danger. Grâce à la révolteet à l’indépendance des Mamelucks , la po-pulation musulmane était divisée; nousdevions arriver comme amis de la Porte,et nous rattacher ainsi une bonne partiedes Turcs. La victoire est toujours lemoyen le plus sûr de se faire des partisans ;en offrant à la fois l’olivier et le laurier,nous pouvions gagner les hommes paisiblesque l’administration violente d’une hordeguerrière rendait fort malheureux.
Saint Louis avait mis 4 mois à aller au
posai au Directoire de garder Kléber et Desaix; ilne le voulut pas.