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Tome premier.
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CHAP. IV. ANNÉES 1798 ET 1799.

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Caire, et s’y était endormi. Je voulus yaller en 15 jours, et en partir aussitôt pourachever ma tâche.

Le 6 juillet, je quittai Alexandrie , et medirigeai à travers le désert sur Rahmanie.La division Kléber passa par Rosette, dontelle s’empara, et me rejoignit à Rahmanie.Avant d’y arriver, nous eûmes le premierengagement avec les Mamelucks , dont unparti fut repoussé par Desaix qui formaitmon avant-garde. Je continuai ma routevers le Caire, en remontant le Nil ; mais ilfallut se battre avant d’arriver à la capitalede l’Égypte .

Combat de Chebreisse.

Le 13 juillet, nous rencontrâmes Mou-rad-Bey, le plus courageux des chefs ma-melucks, posté avec 4 mille chevaux prèsdu village de Chebreisse, ayant son flancdroit couvert par une flotille. Rien n’égalela beauté du coup-d’œil que présente cettecavalerie africaine : les formes élégantesdes chevaux arabes, relevées par le plusriche harnachement; l’air martial des ca-valiers , la bigarure brillante de leurs cos-tumes , les superbes turbans enrichis d’ai-grettes de leurs officiers ; tout eeia formaitpour nous un spectacle à la fois nouveauet piquant. La cavalerie turque, qui estfort belle, est pourtant loin d’égaler celledes Mamelucks . Le combat s’engagea entrenos flotilles : celle de l’ennemi attaqua lanôtre, qui côtoyait notre marche en re-montant le Nil . Pour la dégager, je meportai contre Mourad-Bey. J’adoptai l’or-dre de bataille dont les Russes se serventhabituellement dans leurs guerres contreles Turcs : chacune de mes divisions formaun grand carré qui renfermait les équi-pages et le peu de cavalerie que j’avais. Cescarrés disposés en échelons se flanquaientréciproquement. En vain les Mamelucks se

présentèrent de tous les côtés ; contenuspar le feu de l’artillerie qui garnissait lescarrés, ils n’osèrent les entamer, et se re-plièrent vers la capitale.

Balaille (les Pyramides.

Le 21 juillet, nous arrivâmes à la vue duCaire ; depuis longtemps nous jouissions decelle des Pyramides. L’aspect de ces monu-ments inouïs qui semblent dater de la créa-tion du monde, et sur lesquels tant de siè-cles ont passé, celui de la superbe cavaleriedes Mamelucks caracolant dans la plaine,causait à nos soldats un mélange d’éton-nement et d’orgueil. Habile à exciter leurenthousiasme, je leur adressai cette allocu-tion éloquente qui, sans doute, vivra au-tant que les éternelles Pyramides qui enfurent les témoins.

« Soldats ! vous êtes venus dans ces con-« trées pour les arracher à la barbarie,« porter la civilisation dans l’Orient, et« soustraire ces belles contrées au joug de« l’Angleterre. Songez que du haut de ces« monuments, quarante siècles vous con-« templent ! ! »

Mourad-Bey avait garni d’artillerie le vil-lage d’Embabé, dont les retranchementsétaient garnis de milices, soutenues par 6mille chevaux mamelucks et arabes. Je fisavancer mes carrés. Desaix et Reynier de-vaient se prolonger, la droite en avant,pour couper la communication d’Embabéavec la haute vallée du Nil , tandis que lesdivisions Bon et Kléber attaqueraient defront les retranchements. Les Mamelucks ,s’apercevant de la marche de Desaix, se por-tèrent contre lui en grande masse ; maistoutes leurs brillantes charges échouèrentcontre l’intrépidité du carré français, quigarda ses rangs sans se laisser entamer. Ja-mais plus brave cavalerie n’avait trouvéplus héroïque contenance : la vigueur et