CHAP. Y. CAMPAGNE DE 1799.
137
secourir l’Égypte , en un mot, sans rien en-treprendre, et vint s’enfermer avec la flotteespagnole à Brest . Keith, renforcé jusqu’à48 vaisseaux, le chercha vainement dans laMéditerranée, et le suivit jusque devantBrest . Cette promenade, qui n’eut d’autrerésultat que d’amener l’escadre espagnolecomme en otage à Brest , et de concentrertous nos moyens dans ce port pour les ylaisser investir et pourrir, est encore uneénigme aux yeux de tous les marins.
L’armée de Macdonald évacue Naples .
Pendant qu’on nous chassait ainsi desGrisons et de la haute Italie , Macdonald, quiavait succédé à Championnet, après avoirguerroyé à Naples, dans les Abruzzes et laPouille, contre les débris des Napolitainset une multitude insurgée, venait de rece-voir l’ordre tardif de remonter vers le Pô,et marchait sur Rome . Suwarof détacha ladivision Ott sur Modène pour l’observer.Une flotte russo-turque soumettait les îlesIoniennes et assiégeait Corfou . La perte del’armée de Naples semblait certaine; onavait ajouté à la faute de son rappel tardifl’ordre de laisser des garnisons dans les forts,à Naples, àGaële, à Capoue , àCivita-Vecchiaet à Rome , ce qui était une nouvelle absur-dité.
Moreau s’était convaincu à Turin , que lacapitale d’un royaume subjugué ne sauraitêtre bien disposée pour un vainqueur qui laréduit au rôle de ville de province ; il avaitdû jeter garnison dans la citadelle, et se con-centrer vers Valence et Alexandrie , afin decouvrir Gênes et les passages de l’Apennin ,dont la conservation était indispensable poursauver Macdonald et l’armée de Naples . Su-warof avait suivi Moreau par la rive droite duPô et la route d’Alexandrie . Son avant-gardeprit le chemin de Valence sur Turin par larive gauche. Celle-ci, trop ardente, veut
passer le fleuve sans ordre à Bassignano pourinsulter le camp français vers Valence ;mais,abordée à propos par les 18 mille hommesqui restaient à Moreau, elle est culbutée avecperte.
Cette échauffourée et la belle défense deMoreau vers Marengo et Alexandrie n’em-pêchèrent pas Suwarof de passer de nou-veau le Pô à Cambio, et d’entrer, le 27 mai,en vainqueur à Turin , dont les habitantsattaquèrent la garnison, de concert avecl’avant-garde de Wukassowich. Moreau ar-rive à Asti , entouré d’ennemis et d’insurgésqui venaient de surprendre Ceva, et d'inter-cepter ainsi sa dernière communication. Ilrésolut de réunir ses forces sur l’Apennin , ense frayant une issue pour joindre la divisionPérignon, qui gardait la Ligurie .
Masséna est chassé des Grisons .
Tandis que ces choses se passaient en Ita-lie , Masséna, pressé de toutes parts dans lesGrisons , s’en tirait à meilleur marché qu’onn’aurait dû le supposer. Las d’une inactionde cinq semaines (du 27 mars au ao avril),les Autrichiens avaient enfin combiné l’atta-que du fort de Lucisteig pour le i er mai,de concert avec le parti des Grisons qui lesappelait. Mais Hotze s’y prit si mal, qu’unede ses colonnes, débouchant avant les autres,sous les ordres du général St-Julien, tombaau milieu de la division Ménard, qui l’enve-loppa et lui fit rendre les armes. Une in-surrection redoutable éclate le même jourdans toutes les Alpes, depuis Coire jusqu’àSchwitz et Altorf : Masséna est forcé d’en-voyer la division Soult tout entière poursoumettre ces deux petits cantons et réta-blir la communication avec le St-Gothard .
Lecourbe, aventuré dans l’Engadine , ytenait tête aux forces supérieures de Belle-