CHAP. V. CAMPAGNE DE 1799.
Ho
fléchissant avec plus (l’attention sur lescauses des succès précédents, on s’aperçutqu’on les avait peu connues, et que degrandes masses, mais surtout des masseshabilement dirigées les avaient produits,alors même qu’on les attribuait à la valeurfrançaise, ou à l’amour de la patrie. Quoiqueles moments de crise et d’effervescencesoient peu propres à la réflexion, cependantl’on reconnaît qu’en accordant trop auxcauses générales, on n’a pas assez appréciéles hommes capables d’enchaîner la victoire.Une clameur universelle s’élève contre Rew-bel et contre Talleyrand, auquel on repro-che d’avoir été le conseiller ou le complicede sa fausse politique, de ses usurpations.Ceux mêmes qui sont le moins capablesd’indiquer ce qu’ils auraient dû faire, voientévidemment qu’ils ont mal gouverné.
Formation des clubs.
Les malheurs publics, en démontrant lanécessité de retremper les courages, ame-nèrent de nouvelles réunions politiques.Une société, digne émule de celle des jaco-bins, venait de se former au Manège; là, àla porte même du conseil des anciens, on dé-clamait sur l’impéritie de l’administration.Pour se soustraire à la loi qui interdisaitles sociétés dirigées par des présidents, onavait nommé Drouet régulateur des dé-bats. Ces ardents républicains, sans vouloirle triomphe des prolétaires, croyaient pou-voir se servir des meneurs de ceux-ci, etbientôt le club du Manège égala celui desCordeliers. La France fut menacée d’uneanarchie plus horrible que celle de 1793,parce qu’alors la dictature du comité desalut public, soutenue par la victoire, re-médiait en quelque sorte aux vices du gou-vernement populaire, et qu’aucune autoriténe pouvait se flatter d’y parvenir, si l’ondéchaînait de nouveau les anarchistes.
Séances orageuses du Manège.
Déjà la tribune du Manège retentissaitd’accusations contre ceux qui avaient tenule timon des affaires, et l’on n’attendaitqu’un signal pour faire tomber leurs têtes.C’est la conduite de Talleyrand qui, aprèscelle de Rewbel et de Schérer, prête le plusà l’examen : il est formellement accusé decette funeste expédition d’Égypte , causepremière de tout le mal. Réduit à se jus-tifier, il affirme que l’expédition était déci-dée avant son entrée au ministère. CharlesDelacroix , se croyant inculpé par cette as-sertion, déclare que, si le projet fut agitébien avant la révolution, il n’en fut jamaisquestion pendant qu’il eut le portefeuille.
La justification de Talleyrand ne persua-dant pas ses antagonistes, le Directoire , pardéférence pour l’opinion, nomma Reinhardau ministère des relations extérieures, Ro-bert Lindet aux finances, Cambacérès à lajustice. Mais un changement de ministèrene saurait amener un changement immé-diat de politique extérieure, quand on n’estpas en position de négocier une paix pas-sable; et le renvoi de Talleyrand ne suffisaitpas pour dissoudre la coalition. En jetantun regard sur le passé, on dut alors re-gretter amèrement toutes les extravagancesde ms. Quelle différence de résultats, sil’on se fût appliqué à consolider l’influencede la république en Dalie, en y intéressantl’Espagne par l’agrandissement de l’infantduc de Parme, et la maison de Savoie parde justes indemnités, au lieu de s’aliéner lescours de la péninsule par les révolutions deGênes, de Rome et du Montferrat ! Éleverune puissance en faveur du gendre de Char-les iv eût été un excellent moyen de prou-ver à la reine des Deux-Sieiles et à CharlesEmmanuel de Piémont, que nous savions