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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CESAR, ETC.
pouvoir exécutif faisait souhaiter une plusjuste pondération entre les principales au-torités de la république.
Sièyes en médite un depuis longtemps.
Sièyes , parvenu depuis trois mois à lasuprême magistrature, suivant d’un œilattentif les progrès de l’opinion. Avanta-geusement connu par le succès de ses mis-sions diplomatiques, aussi bien que par sestalents administratifs, et jouissant encore dela popularité acquise par ses premiers écrits,il avait conçu le projet de substituer auxautorités existantes un gouvernement quieût plus de force et d’unité, et qui surtoutoffrit des garanties à la propriété et auxdroits des citoyens. Il y était d’autant plusintéressé que déjà les jacobins, mécontentsde la clôture du Manège, l’attaquaient ou-vertement dans leurs journaux, et deman-daient aux conseils d’annuler son élection,qu’ils présentaient comme inconstitution-nelle : les uns prétendent qu’il avait eu leprojet d’appeler un prince de Brunswick autrône, et que sa mission à Berlin n’avait paseu d’autre but. Il vantait, dit-on, ce choixcomme le plus propre à repousser pour tou-jours une réaction contre-révolutionnaire ;d’autres pensent que le rusé faiseur de con-stitutions se réservait pour lui-même la pré-sidence viagère d’une république, dont ilavait rêvé l’établissement. Si l’entreprise nesemblait pas exempte de dangers, elle n’étaitpas impossible; car toute la France conspi-rait en quelque sorte, et les directeurs eux-mêmes travaillaient avec ardeur, quoiqu’ensens divers, à la ruine d’un édifice qu’ils nese sentaient plus la force de soutenir. Nom-bre de législateurs s’associèrent bientôt auxprojets de Sièyes , particulièrement dans leconseil des anciens, les uns par ambition dé-çue, d’autres par ambition à satisfaire ; enfinles plus sages, dans la persuasion que le
char de l’état ne pouvait plus marcher aumilieu des obstacles qui l’environnaient. Leconseil des cinq-cents au contraire, malgrél’épuration de floréal, comptait encore beau-coup de républicains zélés, qui n’eussentjamais adhéré à des changements dont l’a-bolition de la constitution de l’an ni eût étéla conséquence. Cependant mon frère Lu-cien , président de ce conseil, favorisé parl’auréole de gloire que je répandais sur toutema famille, et poussé par un esprit tracas-sier qui ne s’est jamais démenti, était par-venu à s’y former un parti puissant.
Un des hommes sur qui Sièyes se reposaitle plus était Tallevrand, sous les ordres du-quel il s’était trouvé pendant son ambassadeà Berlin , lorsque celui-ci tenait le porte-feuille des affaires étrangères. Outre laconformité de vues, Talleyrand brûlait,comme ce directeur, de tirer vengeance desvociférations dont il venait d’être l’objet peude mois auparavant. Un triomphe éclatantpouvait seul lui rendre son ancienne répu-tation, et rien ne devait lui coûter pourl’obtenir.
Mais une révolution de la nature de celleque l’on méditait devenait impossible sansle secours et l’assentiment des troupes ; ilfallait gagner un chef militaire connu desarmées, et pourtant assez docile pour suivrela direction qu’on voudrait lui tracer, ets’arrêter quand on le lui commanderait. Lesgénéraux Moreau et Joubert furent les seulssur lesquels on jeta d’abord les yeux : le pre-mier avait inspiré quelque défiance par saconduite équivoque au is fructidor; et lamort frappa le second au moment où l'onse flattait qu’il obtiendrait, par la victoire,assez de considération pour mener cettegrande entreprise à sa fin.
Mon retour accélère l’explosion.
On voit ainsi que les esprits étaient bien