CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.
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exécutif, ne cherchent toutes les occasionsde le restreindre, et que, chaque jour si-gnalant de nouvelles ambitions, on ne voiese succéder des chocs qui renverserontbientôt les institutions primitives? Si l’onattribue, au contraire, l’initiative de ceschangements au pouvoir exécutif, le dangern’est-il pas plus imminent, et, souspretexledu salut public, enchaînant les conseils, neles forcera-t-il pas à un suicide pareil àcelui qui frappa le corps législatif au isfructidor? D’ailleurs, quelle confiance peutinspirer un pacte dont la durée dépend ducaprice des magistrats, dont il trace à peineles devoirs et fixe mal les limites.
Si, pour éviter ces deux écueils, on con-fie à une troisième autorité la garde de laconstitution, et qu’on la charge d’introduireles grandes innovations réclamées par lesbesoins et les vœux de tous, il est facile deprévoir que le but ne sera pas atteint:, lepouvoir exécutif, qui disposera du trésor etdes troupes, qui signera les alliances, dis-tribuera les emplois, dominera inévitable-ment ce tribunal suprême ou sera bientôtaux prises avec lui. Quel que soit le résul-tat de cette lutte, elle aura de fâcheusesconséquences; car un coup d’état contrecette assemblée devient inévitable, à moinsqu’elle ne se condamne volontairement aurôle abject du sénat de Tibère , ou qu’ellene s’empare au contraire de l’autorité,comme fit jadis le factieux sénat de Stock-holm .
Cette vérité, démontrée par tant de cruel-les expériences , prouve qu’un gouverne-ment représentatif, entaché d’esprit d’anar-chie, ne saurait être soumis à des réformeslégales, sans mettre à chaque instant la li-berté en péril, ou sans ébranler l’état pardes institutions qui engendreront elles-mê-mes le vice qu’on cherche à extirper.
La garantie d’un corps spécialement con-
stitué pour ces réformes étant donc à peuprès nulle, il ne reste alors que les coupsd’état frappés à l’aide des baïonnettes : re-mède non moins terrible sans doute, maisdont l’application ne fut pas toujours fu-neste aux nations forcées d’y recourir. Eneffet, quoi qu’en disent ces spéculateurs po-litiques qui prétendent soumettre la mar-che des sociétés à des règles immuables,on citera la dissolution du parlement parCromwell, celle du sénat de Stockholm parGustave ni, et le is brumaire, comme despreuves que l’intervention de la force arméepeut aussi être regardée comme un moyende salut dans les grands périls qui menacentune nation. Si ces imposants témoignagesde l’histoire viennent à l’appui de mon as-sertion, il restera néanmoins à décider parqui et dans quelle circonstance une telleintervention doit être exercée, pour ne pasdevenir mille fois plus odieuse que tous lesvices des institutions, et ramener les peu-ples aux révolutions dégoûtantes du Bas-Empire. Mon but n’étant point d’entrer icidans des discussions de droit public, je mebornerai à ces observations, indispensablespour apprécier un événement qu’il est demon devoir de rapporter avec quelquesdétails.
A l’époque où nous touchons, tout lemonde en France désirait la révision de laconstitution, et l’abrogation de cette foulede lois rendues par des assemblées en dé-lire. L’opinion générale repoussait ce Di-rectoire , dont l’administration n’avait pro-duit , depuis deux ans, que des désastres ;que le 18 fructidor et le 22 floréal avaient si-gnalé comme une autorité despotique, maisdont la journée du so prairial avait mis à nul’avilissement et la nullité. On était égale-ment fatigué des débats scandaleux quis’élevaient chaque jour dans les conseils; etleur état d’hostilité permanente contre le