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Tome premier.
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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.

servir de ralliement à tous ceux qui croyaientun changement nécessaire à la France . Ilscomptaient tous sur moi, parce qu’il leurfallait une épée. Je ne comptais sur per-sonne , et rien ne m’empêchait de choisirle plan qui me convenait le mieux.

La fortune me portait à la tête de l’état.J’allais me trouver maître de la révolution,car je ne voulais pas en être le chef, ce rôlene me convenait pas. J’étais donc appelé àpréparer le sort à venir de la France , etpeut-être celui du monde.

Je n’avais pas le choix dans ma desti-nation, car le règne du Directoire touchaità sa fin. Il fallait mettre à sa place une au-torité imposante, et il n’y a de vraimentimposant que la gloire militaire. Le Direc-toire ne pouvait donc être remplacé quepar moi ou par l’anarchie. Le choix de laFrance ne pouvait être douteux. L’opinionpublique à cet égard éclairait la mienne.

Les républicains, qui m’avaient d’abord ac-cueilli avec empressement, se défièrent demes projets: ils entrevirent un élément dedictature dans l’autorité qu’on semblait dis-posé à me confier; ils se liguèrent contremoi. La présence même de Sièyes ne pou-vait les rassurer. Il s’était chargé de faireune constitution; mais les jacobins redou-taient plus mon épée qu’ils ne se fiaient à laplume spéculative d’un abbé.

Révolution du 18 brumaire.

Tous les partis se rangèrent alors sousdeux bannières : d’un côté se trouvaient lesrépublicains qui s’opposaient à mon éléva-tion ; de l’autre était toute la France qui lademandait. Cependant il fallut un coup d’é-tat et l’emploi des baïonnettes pour opérerla révolution du 18 brumaire ; j’avais espéréun moment qu’elle se ferait par acclama-tion. Le signal fut donné dans le conseildes anciens, où nous avions pour nous tous

les hommes modérés, les magistrats éclai-rés , les hommes souples et ambitieux, enfinquelques légistes doctrinaires, véritablesalchimistes en politique, qui cherchent lapondération parfaite des pouvoirs commela pierre philosophale. Cependant, commeon redoutait une puissante opposition, nousconvînmes, avec les inspecteurs de la salle,qui étaient du complot, de convoquer uneséance extraordinaire pour le 18 brumaire( 9 novembre ), à huit heures du matin, enprenant soin d’avertir un peu tard les mem-bres les plus capables de faire pencher l’o-pinion de leurs collègues contre nous. Lamajorité suffisante s’étant réunie au nombrede 150 membres, ceux-ci ordonnèrent latranslation des conseils à St-Cloud , où ilsseraient à l’abri des attaques des démago-gues ou des partisans du Directoire , si lesuns ou les autres cherchaient à mettre enjeu la population de la capitale. On m’in-vestit en même temps du commandementdes troupes, et de toute l’autorité nécessairepour opérer la translation et assurer latranquillité publique, aussi bien que celledes conseils.

Cette nomination était déjà en elle-mêmeun coup d’état, car si les anciens avaient ledroit de changer le siège du gouvernement,ils n’avaient, pas celui de confier des com-mandements militaires. Les mesures furentprises avec précision. Le conseil des cinq-cents , prévenu du décret de translation, enmurmurait déjà lorsque Lucien, président,déclara la clôture de la séance et l’ajourne-ment à St-Cloud pour le lendemain.

Jusque là j’avais partagé avec Sièyes lepremier rôle ; mais dès que je fus investi ducommandement, j’établis mon quartier-géné-ral aux Tuileries , où 8 mille hommes furentaussitôt assemblés. Je les passai en revue etles haranguai. Les postes les plus impor-tants furent confiés à des généraux dévoués.