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Tome premier.
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CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.

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Tous ceux qui avaient à se plaindre du Di-rectoire , et Moreau le premier, vinrent seranger sous mes ordres et solliciter un com-mandement. Des proclamations ronflantesinvitèrent les Parisiens au calme et à la con-fiance dans l’enfant gâté de la victoire : jeleur promettais le salut de la patrie : je lepouvais, car j’étais déjà maître de la moitiédu champ de bataille. J’envoyai aux direc-teurs Barras, Gohier et Moulins , l’invitationimpérative de donner leur démission; lesdeux militaires s’y décidèrent, l’avocat seuls’y refusa. Barras m’envoya la sienne par sonsecrétaire, persuadé sans doute que nos an-ciennes relations pourraient me déterminerà lui conserver une bonne part dans le nou-veau gouvernement qui allait se former. Jeconnaissais trop Barras pour me donner unpareil collègue. Son message arriva au comitéque nous venions d’établir aux Tuileries avec la commission du conseil des anciens etla minorité du Directoire (Sièyes etBoger-Ducos ), et où se trouvaient la plupart deschefs militaires. Je sentis l’opportunité d’unescène qui frappât les esprits des troupes etdes assistants. Après avoir répondu assezsèchement au messager de Barras, j’ajoutai,en élevant fortement la voix : « Qu’avez-vous<« fait de cette France que je vous ai laissée« si brillante ? Je vous ai laissé la paix, j’ai« retrouvé la guerre; je vous ai laissé des« victoires, j’ai retrouvé des revers ; je vous« ai laissé les millions de l’Italie , et j’ai trouvé<■ partout des lois spoliatrices et la misère.« Qu’avez-vous fait des îoo mille Français « que je connaissais, tous mes compagnons>i de gloire? Ils sont morts!... Cet état de« choses ne peut durer; avant trois ans, il

« nous mènerait au despotisme. Il est

« temps enfin qu’on rende aux défenseurs« de la patrie la confiance à laquelle ils ont« tant de droits. A entendre quelques fac-“ tieux, bientôt nous serions tous les enne-

<« mis de la république, nous qui l’avons« affermie par nos travaux et notre courage :« nous ne voulons pas de gens plus patriotes« que les braves qui ont été mutilés au ser-« vice de la république. »

Le lendemain, les législateurs se trans-portent à St-Cloud , précédés par 5 millehommes qui gardent les avenues et les por-tes du château. Les anciens siègent à l’an-cienne galerie et à l’orangerie. Les prépara-tifs nécessaires au local retardent l’ouverturejusqu’à deux heures; les chefs républicainsont le temps de concerter un plan de résis-tance ou plutôt d’attaque. Les séances s’an-noncent d’une manière orageuse. J’entred’abord aux anciens, je leur prouve l’exis-tence d’une conspiration, en dénonçant lesouvertures que m’ont faites Barras et Mou-lins , pour frapper un coup d’état dans leursens. Je demande de promptes mesures poursauver la république ; on m’oppose la con-stitution, et je démontre que, violée danstoutes les occasions, elle n’est plus qu’unvain mot dont se couvrent tour à tour lesfactions. Enfin, après avoir fortement invitéla majorité à répondre à l’attente de laFrance , je m’écrie : « Tremblerai-je devant« des factieux, moi que la coalition n’a pu« détruire! Si je suis un perfide, soyez tous« des Brutus ; et vous qui m’accompagnez,« braves grenadiers, que je vois autour de« cette enceinte, que ces baïonnettes avec« lesquelles nous avons triomphé ensemble,« se tournent aussitôt contre mon cœur,ii Mais, si quelque orateur soldé par l’étran-« ger ose prononcer les mots hors la loi,« que la foudre de guerre l’écrase à l’instant« même. Souvenez-vous que/e marche ac-« compagne du dieu de la guerre et du« dieu de la fortune ! » C’était Mahomet « parlant à de véritables Séides.

Cependant, bien qu’adressées à mes sol-dats , ces paroles menaçantes s’adressaient