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Tome premier.
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CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.

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mande mon avant-garde, part du bourg deSt-Pierre, et se porte sur le grand St-Ber-nard. On avait démonté les bagages et lescanons. Ces derniers sont traînés à bras,dans des auges ou sur des espèces de traî-neaux creux. Ma présence et la grandeurde l’entreprise animent mes soldats, qui,pour me suivre, ne connaissaient pas d’ob-stacles.

Les plus heureux pressentiments m’agi-taient en pénétrant dans les gorges des Al-pes . Les échos retentissaient des cris de l’ar-mée qui m’annonçaient une victoire peudouteuse. J’allais revoir l’Italie , théâtre demes premières armes. Mes grenadiers, aprèsavoir atteint enfin la cime du St-Bernard,jettent en l’air leurs chapeaux garnis de plu-mets rouges, en poussant des cris de joie,précurseurs ordinaires de la victoire. Onfait une halte à l’hospice, où, par mes soinset ceux des bons religieux qui se consacrentici au soulagement de l’humanité, des ra-fraîchissements sont préparés à nos colon-nes. Après un court repos, elles reprennentgaiement les armes, et descendent la mon-tagne, dont le versant méridional offre l’as-pect le plus riant qui étonne l’œil et animeencore les courages. Les Alpes sont fran-chies, et nous débordons comme un torrenten Piémont .

Nous étions tous jeunes dans ce temps,soldats et généraux. Nous méprisions les fa-tigues autant que les dangers. Nous étionsinsouciants sur tout, excepté sur la gloire.

Nous sommes arrêtés par le fort de Bard.

Cependant un obstacle dont on n’avait pasassez calculé l’importance pensa nous arrê-ter au début de notre course victorieuse.L’armée descendait la vallée de la Doria ,après avoir culbuté à Châtillon un petit corpsennemi, trop faible pour s’opposer à notremarche. Nous poussâmes jusqu’au fort de

Bard , qui, situé dans une position inexpu-gnable, nous barrait le passage. La garni-son, composée de 400 hommes, résista àtoutes nos sommations et aux escalades queje fis tenter. Il était désespérant de se voirainsi arrêter court par une poignée d’enne-mis. Ce ne fut qu’à force de travaux et d’au-dace que nous parvînmes à nous tirer de cemauvais pas. L’infanterie de Lannes avait pugravir par un sentier les montagnes d’Alba-redo; mais ni chevaux ni canons ne pou-vaient y passer.

Je le tourne par des prodiges d’activiliS.

Je fis ouvrir un nouveau sentier à tra-vers les rochers pour passer ma cavalerie.Mes soldats , à l’imitation de ceux d’Anni-bal, débouchèrent par un passage frayé deleurs propres mains. Si ce général cartha-ginois avait été embarrassé de ses élé-phants , je ne l’étais guère moins de mescanons. Pour passer les miens, je dus ha-sarder de le faire pendant la nuit à demi-portée de fusil du fort, et par les rues mê-mes du faubourg qu’il enfile, en ayant soind’entourer les roues de paille pour ne pasdonner l’éveil à l’ennemi. Tout nous réussit,et nous continuâmes à marcher pleins d’es-pérance sur Yvréc. Lannes avait déjà em-porté cette ville, et rejeté sur Bomano lesAutrichiens qui l’occupaient. Trois milleseulement se trouvaient dans la valléed’Aoste , sur notre passage ; mais plus de30 mille étaient disséminés dans les valléesdu Tésin et du Pô.

Mêlas se trompe sur nos mouvements.

Mêlas n’avait point compris mes manœu-vres. En apprenant que l’armée de réservese dirigeait vers Genève , il s’était imaginéque nous n’avions pas antre chose en vueque de faire quelques démonstrations versle nord du Piémont , afin de détourner son

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