CHAP. VI. CAMPAGNES DE 1800 A 1802.
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donner le faux avis par un double espionque je croyais dans nos intérêts, et qui re-cevait des deux mains. Cette erreur, qu’onne peut certes pas me reprocher, pensanous coûter cher.
Mêlas n’avait achevé de rassembler sonarmée que dans la journée du 13. Le lende-main, à la pointe du jour, il passa la Bor-mida à la tête de 35 mille hommes et nousattaqua avec vigueur. La division Gardanne fut forcée à la retraite : Victor la rallia à ladroite de la division Chambarlhac, qui s’é-tait formée sur une ligne depuis le villagede Marengo jusqu’à la Bormida. Le généralHaddick, avec la droite des Autrichiens,vint se déployer sur deux lignes en face de laposition de Victor ; Kaim, qui formait leurcentre, se plaça obliquement à la gauche deHaddick ; Ott fut lancé sur Castel-Ceriolo;la réserve aux ordres d’Elsnitz demeura enarrière de la droite, sur la route qui mènede Marengo à Alexandrie : mais les deuxtiers de sa cavalerie furent intempestivementdétachés au sud d’Alexandrie sur la routed’Aqui, pour observer Suchet et Masséna.
Nous n’étions pas préparés à recevoir la ba-taille. Je me hâtai de disposer mes échelonsde manière à se soutenir, et de rappeler De-saix de Rivalta sur San-Giuliano. A îo heuresdu matin, je suis obligé de faire avancerLannes et de le mettre en ligne à la droitede Victor, que Kaim se disposait à prendreen flanc. Victor défend avec vigueur le pas-sage du ruisseau de la Barbotta qui couleà Marengo : un feu vif et meurtrier s’y en-gage de part et d’autre; les Autrichiens yperdaient du monde ; Mêlas fait donner lamoitié de la cavalerie de réserve qui lui res-tait, aprèslesot détachement qu’il avait fait.Cette brigade isolée est précipitée dans leruisseau marécageux, et l’ennemi, qui avaitle double de cavalerie, se voit, dès le com-mencement de l’action, privé du secours de
cette arme au point où elle aurait pu déciderla victoire. Lannes réussit à contenir le cen-tre des ennemis ; mais pendant ce temps Ott ayant dépassé Castel-Ceriolo, menaçait deprendre à revers notre droite, secondé parla cavalerie du centre aux ordres de Frimont.Je lui oppose mes grenadiers de la garde. Cessoo braves s’avancent dans la plaine, entreCastel-Ceriolo et Villanova, et y forment uncarré semblable à une redoute inexpugnable,devant lequel viennent se briser les effortsréitérés des escadrons autrichiens. Profitantde la glorieuse résistance de cette trouped’élite, je dirige sur Castel-Ceriolo cinq ba-taillons de la division Monnier, afin d’en dé-busquer l’infanterie légère des ennemis.Malheureusement une charge vigoureusedes Autrichiens sur la gauche de la divisionen marche sépare le général Monnier de sestroupes, le force à se rejeter vers Lannes,met la brigade de gauche en retraite, etoblige ainsi celle de Carra St-Cyr à suivrele mouvement de la ligne, au moment oùses tirailleurs pénétraient déjà dans Castel-Ceriolo.
Toutefois l’occupation instantanée de cevillage donne un point d’appui à ma droite,et rétablit mes affaires sur cette aile. Mais,en revanche, sur ma gauche elles vont auplus mal : Victor, après avoir soutenu plu-sieurs heures les efforts de l’ennemi, ne peuty résister davantage, sa gauche plie et perdl’appui de la Bormida; son centre est enfoncé,et tout son corps, mis en désordre, se trouvevivement poussé sur San-Giuliano. La dé-faite de la gauche, découvrant le flanc deLannes, il doit aussi songer à la retraite,et l’exécute en bon ordre à travers la plainedans la direction de la Ghilina.
Les Autrichiens poussent déjà des cris devictoire. Mes généraux et Berthier, plus quetout autre, croient la bataille décidémentperdue. Desaix et moi nous ne désespérons