Band 
Tome premier.
Seite
307
JPEG-Download
 

CHAP. IX. CAMPAGNE DE 1806.

307

Laissons là les soins que je donnais pourélever la prospérité intérieure de la France aussi haut que le défaut de commerce mari-time le permettait, et revenons aux affairesd’Allemagne où la confédération du Rhinallait remettre la paix de l’Europe en pro-blème.

La Prusse reconnaît la ligue du Rhin , et en formeune au Nord .

Fréderic-Guillaume reçut avec douleur lanouvelle de ce bouleversement sur lequel jen’avais pas jugé à propos de le consulter. Ceuxmême de ses conseillers qui avaient par-donné à Haugwitz en faveur de l’acquisitiondu Hanovre , ne voient dans ce nouvel em-piétement qu’un attentat manifeste aux in-térêts de la Prusse. Ils soutiennent qu’au-tant il est de mon intérêt d’étendre moninfluence en Allemagne , autant le cabinetde Berlin doit vouloir que l’Allemagne resteune puissance indépendante entre lui etmon grand empire. Malgré ces opposants,le parti de la paix l’emporte néanmoins en-core une fois, et Frédéric reconnaît la liguedu Rhin tout en cherchant à former celledu Nord.

Il ne parvint pas à ce but avec autant defacilité qu’il l’avait cru : l’Angleterre et laRussie s’opposaient à ce qu’il y comprîtHambourg et les villes anséatiques, et moi,je ne me souciais guère qu’il y comprît laSaxe. Je convoitais ce pays pour la confédé-ration du Rhin : sa situation géographiqueen fait la clef de l’Elbe ; ce serait un alliéégalement précieux pour agir contre laPrusse ou contre l’Autriche : enfin la mai-son de Saxe avait été de temps immémoriall’amie de la France , et son alliance avec lesPrussiens depuis 1792 n’avait pas encore effacél’inimitié de la guerre de sept ans. C’en étaitassez pour me décider à insinuer à la Saxe

de tenir ferme, et à la Prusse de ne pasemployer les menaces etla force, si l’allianceéprouvait des difficultés.

Outre le mécontentement que ces obsta-cles devaient donner à la Prusse, les Anglais ,à la suite de la fermeture des ports, avaientcapturé aoo bâtiments prussiens; les portsétaient bloqués par les escadres anglo-sué-doises ; le commerce était consterné : le mi-litaire vociférait de plus en plus ; les hom-mes d’état déploraient l’abandon de l’Alle-magne . Si le gouvernement avait vouluétouffer tous les germes de mécontente-ment, il n’eût fallu rien moins que le tribu-nal révolutionnaire de Fouquier-Tinville .

Frédéric-Guillaume opposa au torrentune volonté ferme et inébranlable ; il nepouvait rien de plus. Une étincelle vinttomber sur la mine et en causa l’explosion :cette étincelle jaillit de ma négociation avecles Anglais .

Négociations avec l’Angleterre.

Tout en travaillant à élargir les bases dema puissance, je ne perdais pas l’espoir deconsolider tant de glorieux travaux par lapaix maritime, sans laquelle mon édificen’aurait pu s’affermir. Les premières ouver-tures furent le résultat d’un événement for-tuit qui était de bon augure. Un de cesmonstres enfantés par les guerres civiles,de ces misérables qui pensent que l’espritde parti ou de secte justifie tout, un Fran-çais fanatique , en un mot, osa proposer àFox de m’assassiner, et d’acheter à cet effetune maison sur l’avenue de St-Cloud, où jepassais tous les jours en voiture. Fox, plusgénéreux que les instigateurs de GeorgesCadoudal , chassa cet homme du royaume,et me signala son infâme projet. La corres-pondance qui en résulta amena des explica-tions réciproques.

On fut longtemps à disputer sur des for-