Band 
Tome premier.
Seite
313
JPEG-Download
 

CHAP. IX. CAMPAGNE DE 1806.

513

les avantages de l’acquisition du Hanovre ,en échange de tous les désagréments qu’ilavait essuyés.

On profita de ces apparences de féloniepour soulever tous les esprits contre moi,sans s’inquiéter si réellement je demande-rais le Hanovre , et si, dans cette supposi-tion même, je ne ferais pas donner unecompensation suffisante à la Prusse. On af-fecta de ne voir en moi qu’un allié de mau-vaise foi, qui reprenait d’une main ce qu’ildonnait de l’antre ; un violateur de territoire,qui disposait arbitrairement de tout ce quine lui appartenait pas. On alla même jusqu’àpublier que j’avais gagné d’Oubril, et que,pour déterminer son maître à faire la paixet à me reconnaître comme empereur, jelui avais proposé le partage de la Prusse, encédant Varsovie au grand-duc Constantin.

Il n’était pas besoin d’un conte aussi ab-surde pour tourner des têtes en ébullitiondepuis un an. Tout-à-coup les Prussiens serappellent qu’ils sont les dépositaires de lagloire du grand Frédéric : le gouvernement,qui avait comprimé l’impulsion, en donnel’exemple à son tour. Le roi ne voit dans laperte du Hanovre que celle de la monarchie,du dernier gage de sa sûreté, de l’honneurpersonnel de son roi. Il ne lui reste qu’àtomber glorieusement ou à rester deboutcomme un lâche. Le cri général aux armesse fait entendre depuis la place de Potzdamjusqu’à Kœnigsberg : la guerre est décidéesans même attendre la coopération de laRussie . On négocie une alliance avec elle,mais on ne veut pas attendre ses troupes;car une guerre d’honneur ne tolère pas dedélai.

Ultimatum extraordinaire.

A une longue torpeur succède ainsi unefougue chevaleresque. Le général Knobels-dorf, qui a remplacé Luccliesini à l’ambas-

sade de Paris , me remet un ultimatumextraordinaire, manquant par la forme àtous les égards dus à une grande puissance.On me sommait : i° cl’évacuer /’ Allemagne en commençant du jour où le roi pour-rait avoir reçu ma réponse, et conti-nuant sans interruption ; 2 ° de détacherIVesel de mon empire; 3" d’envoyer maréponse avant le 8 octobre au quartiergénéral du roi.

Certes, Scipion devant Carthage ne tenaitpas un langage plus impérieux aux vaincus.On eût dit que nous en étions encore aulendemain de la bataille de Rosbach.

Le cabinet de Berlin eut d’autant plustort de s’en servir avec moi, que son intérêtétait de gagner du temps. S’il m’eût de-mandé, sous des formes plus convenables,d’évacuer l’Allemagne dans un terme sti-pulé à l’amiable, il aurait eu raison, et tousles torts d’une agression eussent été de moncôté.

En m’attaquant à l’époque où j’étais auxprises avec les Russes et les Autrichiens,les Prussiens pouvaient me faire beaucoupde mal; mais il était si extraordinaire qu’ilsvinssent seuls hors de saison nous déclarerla guerre, que je fus un moment sans yajouter foi. Rien n’était plus vrai cepen-dant, et il fallut rentrer en campagne.

Je savais bien que l’armée russe, canton-née sur le Niémen , serait un auxiliaire iné-vitable; mais il fallait du temps : je pouvaisêtre à Berlin avant elle, et j’espérais d’ail-leurs que Sébastiani parviendrait à exciterla Turquie à la guerre; car un traité signéentre l’Angleterre et la Russie accordait àcelle-ci la Moldavie et la Valachie pour prixdes efforts qu’elle ferait contre la France .

Je n’étais pas homme à attendre la coo-pération incertaine de Sélim ni, pour tom-ber sur mes adversaires qui venaient selivrer eux-mêmes au dépourvu : j’ordonnai