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Tome premier.
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NAPOLEON AU TRIBUNAL DE CESAR, ETC.

c’était exposer un peu les miennes; mais onpouvait le faire sans danger, puisque nousavions la supériorité du nombre, et qu’àbien prendre, en me rabattant aussitôt deGéra à l’ouest, je couvrirais les chemins deHof, de Nordlialben et de Cobourg , qui,en cas de revers, me ramèneraient en Fran-conie.

Mon armée pénétra en Saxe par troisroutes : à droite Soult, Ney et une divisionbavaroise se portèrent de Bareith par Hof sur Plauen ; au centre, le grand-duc deBerg, Bernadotte et Davoust marchèrentde Bamberg par Cronach sur Saalbourg ;à la gauche, Lannes et Augereau, partis deSchweinfurt, prirent leur direction par Co-bourg et Graffenthal sur Saalfeld .

Le premier engagement eut lieu le 8 oc-tobre. Un détachement prussien qui voulaitdéfendre la Saale à Saalbourg fut dépostépar le grand-duc de Berg; le lendemain,ma colonne du centre, poursuivant sonchemin, trouva à Schleitz le corps deTauenzien. Bernadotte l’attaqua et rem-porta sur lui une victoire peu disputée.

Ma gauche débuta aussi par des succès.Le 10, Lannes attaqua à Saalfeld l’avant-garde de l’armée de Hohenlohe , comman-dée par le prince Louis de Prusse. L’ennemifut battu et perdit mille hommes et trentecanons. Le prince Louis, jeune homme degrande espérance, ne voulant pas survivreà la honte d’une défaite, se fit tuer : il avaitvécu en preux chevalier, il mourut en hé-ros. Après avoir été mon admirateur, ceprince fut mon ennemi juré, parce qu’il mecroyait dangereux pour la Prusse; son pa-triotisme l’égara, et, malgré tout ce qu’il afait contre moi, je me plais à lui rendrejustice.

Je m’étais attendu à plus de résistance.Le souvenir de Frédéric, de Seidlitz, deLeuthen, de Prague m’avait donné la plus

haute opinion de cette armée, et j’avais dità un de mes officiers à Mayence, que cettecampagne ne ressemblerait pas à celled’Ulm ; que nous aurions de la terre àremuer. Ces premières victoires me dé-trompèrent : elles étaient d’un bon augurepour la campagne. Je sentis dès lors quej’aurais bon marché de l’armée prussienne,qui ne montrait pas assez de consistancepour soutenir le poids d’un grand revers.

Manœuvre décisive.

Dès les premiers mouvements, nousavions réussi à déborder la gauche des en-nemis en les prévenant le 12 à Géra ; il s’a-gissait de les couper entièrement. A ceteffet, ma gauche servit de pivot à unegrande conversion de toute mon armée.Le 13, nous occupâmes la position suivante:Davoust, Bernadotte et Murat, avec sa ca-valerie légère seulement, se portèrent surNaumbourg , où nous nous emparâmes demagasins considérables destinés à l’arméeprussienne; Soult était en marche de Géra sur Iéna , Ney à Roda; Lannes à Iéna ;Augereau à Kahla; une division bavaroiseflanqua ma droite en s’établissant à Plauen .

Avant de quitter Géra , j’écrivis le 12 unelettre à Frédéric-Guillaume pour lui propo-ser la paix. Je confiai à l’officier d’ordon-nance, Montesquiou, le soin de la porter.Cette démarche fut mal jugée : Montesquiou,s’il faut en croire le prince de Hohenlohe ,fut arrêté dans la nuit, le 13, par les avant-postes, voyageant seul et sans les précau-tions habituelles des parlementaires : leprince le prit pour un espion, et le gardaprès de lui en envoyant la lettre au roi quine la reçut qu’au plus fort de la bataille. Onest forcé d’en convenir ; il était un peu tardet difficile d’éviter la guerre. Cependant j’a-vais deux chances en écrivant cette lettre :ou le roi s’en rapporterait à moi et sou-