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Tome premier.
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CHAP. IX. CAMPAGNE DE 1806.

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scrirait à tout, ou il persisterait dans la ré-solution de vaincre ou de mourir qu’il avaitprise en partant de Berlin . Dans l’un et l’au-tre cas cela tiendrait son esprit en suspensdans la soirée du 13 et la matinée du 14, etil n’aurait pas le temps de se décider à unemarche forcée de nuit pour éviter d’être at-taqué à revers. Cette ruse de guerre étaitpermise. Je me donnais les apparences d’unami de la paix, tout en allant à mon but.Cette lettre n’était pas la plus mauvaise ma-nœuvre de la campagne ; si le roi l’eût reçuele 13, comme je le croyais, cela ne l’empê-chait point de marcher avec toute son ar-mée sur Freybourg, soit qu’il acceptât ourejetât la paix. Il dépendait donc de lui dese sauver militairement et politiquement.La date de cette lettre écrite de Géra suffi-sait assez pour lui dire de hâter sa retraiteet de sortir d’embarras tout en y répondant.

Bataille d’Iéna .

L’ennemi, concentré dans les environs deWeymar, ne se douta de mes manœuvresqu’après leur réussite ; mais voyant enfin quenous étions déjà maîtres de la route de cetteville à Leipsick et de ses magasins de Naum-bourg, il résolut de se mettre en retraitepour regagner l’Elbe avant nous.

Dans la soirée du 13, le roi et le duc deBrunswick, avec l’armée principale, se por-tèrent vers Suiza. Le prince de Hohenlohe ,chargé de couvrir cette marche, demeuraprès de Capellendorf sur la hauteur d’Iéna :il avait pour soutien le corps de Ruchel,qui rétrograda à Weymar. Je n'eus gardede laisser à l’ennemi le temps d’échapper.Déjà saisi de ses communications, je résolusd’assurer sa ruine en lui livrant bataille.

Quoique le défilé d’Iéna , par lequel nousdevions déboucher, fût fort difficile, ce n’é-tait pas un obstacle pour nous qui avionsfranchi le St-Bernard et le rocher de Bard;

Lannes, en poussant l’avant-garde de Tauen-zien vers Iéna , avait eu l’audace de grimperla montagne de Landgrafenberg, et de seplacer sur le sommet en face de l’armée prus-sienne, que je découvris moi-même campéesur trois lignes. J’ignorais qu’elle se fût di-visée ; je croyais qu’elle combattait réunieselon le système de Frédéric. Je pressai lamarche de ma garde, et la fis grimper à dixheures du soir par un sentier très-roide surle plateau de Closewitz, car il importait denous faire comme une tête de pont pourpouvoir gravir la montagne et déboucher dece gouffre. Soult nous suivait de près:, ilarriva pendant la nuit à ma droite et Auge-reau à ma gauche : Ney bivouaqua à Roda.

Dispositions prises pour la bataille

Comptant que l’armée entière du roi setrouvait réunie sur ce point, et que sa gau-che s’étendait dans la direction d’Apolda ,j’ordonnai à Bernadotte de marcher à Dorn-bourg, à Davoust de se rabattre de Naum-bourg par la gauche de la Saale sur Apolda ,afin de fondre sur l’extrémité de la ligneennemie et de la prendre à revers. Muratrevint avec sa cavalerie légère me joindre àIéna . Ces dispositions étaient bonnes dansles suppositions que je faisais; si j’avaisprévu que le roi de Prusse voulût percer parNaumbourg, et que Bernadotte y fût déjàarrivé, je n’aurais pas exposé Davoust seulà soutenir le choc du gros de l’ennemi, etenvoyé Bernadotte se promener à Dorn-bourg, où il était également inutile et pourmoi et pour Davoust.

Le 14 , à la pointe du jour, le combat s’en-gagea. La nuit avait été froide; un brouil-lard épais obscurcissait l’horizon; on nevoyait pas à deux pas : ce fut un doublebonheur pour nous, puisque l’ennemi nepouvait pas découvrir que nous n’étions point! encore en mesure sur le plateau. Je montai