CHAP. X. CAMPAGNE DE 1807.
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Ce mémoire s’appesantissait surtout sur ledanger de donner lin point de réunion éter-nel à la politique de trois puissances natu-rellement rivales, et sur ce qui nous arrive-rait de fâcheux en passant la Vistule , sil’Autriche débouchait avec iso mille hommesderrière nous, sans que nous pussions nousappuyer sur la Prusse. Il faisait ressortiraussi l’avantage qui résulterait, pour la na-tion Polonaise , de sa fusion avec un peupleéclairé et industrieux. C’était une grandeidée.
J’avoue que je me sentis sur le point d’étreentraîné : déjà l’armistice se négociait ; maisles réflexions que firent naître les inconce-vables capitulations d’Erfurth, de Stettin ,de Prenzlow,deMagdehourg et dé Lubeck ,me firent attacher moins de prix à l’allianced’une armée si démoralisée. Les conditionsde l’armistice s’en ressentirent, et commeje m’attendais que l’arrivée des Russes leferait refuser, je résolus d’essayer des Polo-nais, sans me laisser intimider par les ap-proches de la mauvaise saison. Dans le fait,il m’en coûtait moins d’aller à Varsovie combattre l’armée russe au milieu d’unepopulation prête à se joindre à nous, quede l’attendre au milieu des Prussiens humi-liés, et qu’un revers de mon armée eût faitrevoler aux combats.
Kocziusko se trouvait depuis plusieursannées à Paris , je l’appelai près de moi;mais il se souciait peu de renouveler unelevée de bouclier partielle. Il demandait larestauration formelle et complète de sa pa-trie, et je ne pouvais pas m’engager troploin en proclamant la résolution de releverun royaume dont l’Autriche avait accaparéle tiers. C’était à la fois fermer la porte àtout rapprochement avec la Russie et m’at-tirer l’Autriche sur les bras. Je me conten-tai d'envoyer Dombrowski et Zayonscheckà Posen , pour les assurer de l’intérêt que
je prendrois à leur pays, s’ils me secon-daient , et leur annoncer que je les suivaisde près. Je partis de Berlin le 24 novembre,et arrivai le 28 à Posen . J’y fus reçu avec unenthousiasme qui m’étonna et parut d’unheureux présage. On nous donna des fêtesqui auraient fait honneur aux plus brillantssalons de Paris . Je restai dans cette villeune quinzaine dejours : ce temps n’était pasperdu, puisque mes colonnes filaient danscet intervalle sur Varsovie , et qu’il me suf-fisait de quelques jours pour arriver enposte aussitôt qu’elles.
Malgré l’espèce d’élan que je produisis àPosen et à Varsovie, les Polonais n’ont pasrempli entièrement mes vues. C’est un peu-ple passionné, chevaleresque et léger : toutse fait chez eux par inspiration, et rien parsystème. Leur enthousiasme est grand, maisils ne savent ni le régler ni le perpétuer.Ceux qui ont suivi mes drapeaux ont étéd’une fidélité et d’une valeur admirables;je leur en paie ici les tributs de ma recon-naissance : mais comme nation, la Pologne eût pu faire davantage. Ce n’est pas la fautedes hommes, c’est celle des choses. Si laPologne avait eu un tiers-état plus puissantet plus nombreux, elle se fût levée en massepour nous. Peut-être qu’en donnant auxPolonais un plan, un système, un pointd’appui plus solide que la maison de Saxe,ils auraient pu se former avec le temps etse maintenir par eux-mêmes. Quoique moncaractère ne m’ait jamais porté à faire leschoses à demi, je n’ai cependant fait quecela en Pologne , et je m’en suis mal trouvé ;mais ce fut la faute de ma situation politi-que, on ne saurait me l’imputer en rien.
Mesures pour assurer les derrières de l’armée.
Je mis à profit le séjour que je fis à Po-sen , en signant la paix avec l’électeur deSaxe, et en renforçant, de cet ancien allié