Band 
Tome premier.
Seite
337
JPEG-Download
 

CHAP. X. CAMPAGNE DE 1807.

537

de savoir si nous les attendrions, où si nousirions au-devant d’eux. La saison était mau-vaise; mais c’était pour eux comme pournous. Si je les laissais avancer, je me pri-vais des ressources et de l’appui de la Po-logne : ils pourraient décider l’Autriche ,qui n’hésitait que parce qu’ils étaient troploin d’elle pour la soutenir immédiatement;ils entraîneraient la nation prussienne, qui,revenue de l’étourdissement d’un premierdésastre, sentirait la nécessité de tout fairepour se relever.

I.es Russes envahissent la Moldavie , et soutiennent enmême temps les Prussiens.

L’empereur Alexandre avait mis unegrande activité à réparer les pertes de lacampagne d’Austerlitz [ 1 ] : non seulementses régiments furent tous portés au com-plet, mais il augmenta son armée de 30 es-cadrons et de 51 bataillons de nouvelle for-mation. Si toutes les forces de la Russie eussent été dirigées contre moi, la lutte eûtété pénible à soutenir avec mon armée ré-pandue depuis le Hanovre jusqu’à Varso-vie . Heureusement je fus bientôt rassurésur l’étendue des efforts qu’elle m’oppose-rait, lorsque je reçus la nouvelle de l’entréedu général Michelson en Moldavie , à la têtede 80 mille hommes.

Pour bien comprendre les motifs de cetteinvasion qui paraissait une faute, il est né-cessaire de reprendre les choses de plushaut. La Russie , certaine que la Prussenous ferait la guerre, comptait y paraîtreen auxiliaire, comme elle l’avait fait en isospour l’Autriche ; elle se flattait ainsi depousser les limites de son empire jusqu’auDanube , et l’Angleterre avait trop besoin

[1] L’armée russe était alors répartie en is divi-sions, qui, à l’exception des gardes , se composaitde e régiments d’infanterie ou de chasseurs, de <oes-

de son alliance pour ne pas la seconderdans ce projet. Il ne fallait pour cela qu’unmotif légitime de faire la guerre aux Turcs.L’influence que Sébastiani prit sur le divanaussitôt après son arrivée, lui en fournit unprétexte plausible. Le premier soin de monambassadeur avait été, selon mes instruc-tions , de faire renvoyer les hospodars deMoldavie, Ypsilanti et Morusi, élus sous laprotection de la Russie , consacrée par letraité de Yassi. Celle-ci était en droit de ré-clamer , et le fit vivement : les menaces ducomte Italinski, appuyées de celles de l’am-bassadeur anglais , qui ne parlait de rienmoins que de faire bombarder Constanti-nople par une puissante escadre, firent ré-tablir ces hospodars.

Cependant l’empereur Alexandre, instruitd’une mesure contraire à ses traités, et quiconstatait mon influence sur la Porte, n’at-tendit pas celte satisfaction, et ordonna sansdélai à Michelson d’envahir les principautés,et de s’emparer des places turques qui bor-dent le Danube. Ce général passa le Dnies-ter le 3 novembre, et se répandit sans ob-stacle jusqu’aux frontières de Servie. Nousétions ainsi réciproquement enchantés del’événement : la Russie , parce qu’elle croyaiten profiter, et moi, parce qu’il faisait unepuissante diversion en ma faveur. Toutefoisla prompte chute de la monarchie prus-sienne, changeant la face des affaires, met-tait tous les avantages de cette agressionde mon côté. En effet, en calculant le tempsqu’ilfallait pour recevoir de Pétersbourg l’or-dre de cette invasion, et pour aviser aux me-sures d’exécution, on voit bien qu’elle avaitété combinée et ordonnéeavant qu’on ne con-nût les désastres de la Prusse. L’empereur

cadrons de grosse cavalerie, 10 de cavalerie légère,une compagnie de pionniers, deux batteries de posi-tion, trois batteries légères et une d’artillerie à elle-