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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
la rive droite. Le même jour Murat poussaà Glottau l’arrière-garde russe qui voulaitdéfendre les accès de Gutlstadt, où monarmée vint prendre position : nous suivîmesl’ennemi le lendemain en descendant la rivegauche de l’Aile.
Chances favorables de ma position.
Dès que l’ennemi m’avait laissé le tempsnécessaire pour porter mon armée à îeomille hommes avant l’arrivée de ses renforts,il était évident que toutes les chances de lacampagne prochaine devaient être pour moi,si l’Autriche tardait un peu à se déclarer.Il était donc de mon intérêt de frapper viteet de frapper fort.
Benningsen, en attaquant Ney à Deppen,n’avait fait que me prévenir d’un jour oudeux, ou pour mieux dire il avait abondédans mes vues, en venant au-devant de moi,puisque j’avais laissé Ney dans sa positionavancée pour engager l’ennemi à venir nouschercher hors de ses retranchements. Lerassemblement de mes forces autour deGutlstadt ne permettait plus de différer, jerésolus de prendre à mon tour l’offensive.
Le camp retranché de Heilsberg et laréunion de tous les magasins ennemis àKœnigsberg présentaient deux manœuvresprincipales à mon choix : la première et laplus habile eût été d’exécuter un mouvementgénéral, la droite en avant, pour établir maligne entre Bischoffstein et Heilsberg; ladroite vers Bartenslein, la gauche versGuttstadt. C’eût été absolument le mêmemouvement que celui d’Iéna et de Naum-bourg contre les Prussiens, avec plus dechances encore, puisque l’armée russe, bat-tue sur sa gauche, refoulée sur la bassePassarge et sur le Frish-Haff, eût été jetéeà lamer. Kœnigsberg lui assuraitsans douteun refuge; mais cette place, acculée elle-même à la Baltique du côté de l’ouest, et au
Curishaff du côté du nord, n’eût offert au-cune issue à cette armée battue ; car je l’au-rais prévenue à Wehlau aussitôt qu’elle eûtvoulu se mettre en retraite. Le second partià prendre était de m’avancer droit sur lecamp retranché d’Heilsberg, tandis que50 mille hommes manœuvreraient par magauche sur Eylau pour menacer la ligned’opérations des alliés, les forcer d’aban-donner leurs redoutes sans combat, et lespresser vivement dans la retraite pour lesentamer fortement au passage du Prégel etdu Niémen . Ce dernier parti était moinsavantageux; il était même contraire auxrègles de la stratégie, qui ne veulent pasqu’on compromette un corps considérable,en le faisant filer entre l’ennemi et la mer.Je le préférai, parce que ma gauche se trou-vait déjà dans cette direction, et que, pourmanœuvrer par ma droite, il m’eût fallu dé-crire un cercle assez long autour de l’arméerusse, découvrir les routes qui me servaientde communication avec Thorn et Varsovie ,et me jeter dans le pays fourré de la rivedroite de l’Aile. Cependant, je dois l’avouer,j’eusse agi plus militairement en adoptantcelui-ci et opérant sur Bischoffstein. Un desmotifs qui contribua le plus à me détermi-ner à prendre l’autre, c’est que j’avais déjàremarqué, à l’époque de la bataille d’Eylau,que Benningsen montrait des inquiétudespusillanimes pour Kœnigsberg ; or, commece n’était pas un point militaire, je pensaiqu’il y avait des motifs particuliers, soit depolitique envers la Prusse, soit de grandsapprovisionnements. En privant l’ennemide ses magasins, j’en procurais à mestroupes ; ce qui dans ces contrées lointainesétait essentiel : je renversais son systèmed’opérations. D’un autre côté, il était possi-ble que la marche de Soult sur Kœnigs-berg décidât les Russes à se rabattre surleur droite pour couvrir cette ville, et je