CHAP. X. CAMPAGNE DE 1807 .
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Benningsen, voulant sauver à temps sonmatériel, ordonne à l’artillerie de repas-ser la rivière; dès lors l’infanterie russepelotonnée, hors d’état de soutenir pluslongtemps la lutte, reprend en désordre lechemin des ponts. Benningsen fit de vainsefforts pour rallier les débris au delà del’Aile, et pour leur faire repasser la rivièreoffensivement, sous la protection de 120 piè-ces de réserve qu’il fît disposer en amont.Rien ne put arrêter l’impétuosité des co-lonnes de Ney et de Victor; et Bagration ,ayant retiré ses derniers bataillons, abîmésdans Friedland, dut mettre le feu au pontpour suspendre l’ardeur de notre pour-suite.
Pendant que nous obtenions ce succèsdécisif, Lannes et Mortier avaient tenu enhaleine la droite de l’ennemi et laissé mêmequelques succès au prince Gortschakof,pour l’enlacer d’autant plus sûrement dansle piège que je lui tendais, en le laissant en-gager sur la route de Kœnigsberg .
Averti un peu tard de la catastrophe del’aile gauche par l’incendie de Friedland etles hommes isolés qui en revenaient [1], leprince prend la résolution de s’ouvrir unpassage l’épée à la main. Une de ses divi-sions pénètre dans Friedland, où une mê-lée horrible s’engage de nouveau avec lestroupes de Ney. Mais déjà les ponts n’exis-tent plus, et Lannes et Mortier fondent surl’ennemi que Ney et Victor arrêtent en tête.Ici la bagarre devint épouvantable, et toutprésageait la destruction de cette moitié del’armée ennemie. Mais il faut rendre justiceà ces braves gens, aucun des corps coupésne songea à capituler ; ils préférèrent se je-ter à l’Aile pour y cherchei^les gués, au
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[1] Il paraît que Benningsen 11e prit pas à tempsles mesures pour sauver sa droite. C’est ce qui mo-tiva sans doute le ridicule projet de rallier ses (rou-
risque d’y noyer un grand nombre d’hom-mes. Ils parvinrent ainsi à rejoindre Ben-ningsen. L’artillerie même s’y précipita;mais une petite partie seulement parvint àse sauver. La cavalerie de leur extrêmedroite, qui ne se trouva plus en mesured’attendre ces gués, fila le long de la rivegauche sur Allenbourg, où elle repassa larivière.
Benningsen avait fait fautes sur fautesdans cette journée : la première fut de nepas fondre vigoureusement sur Lannes lors-qu’il déboucha le matin de Friedland; s’iln’eût pas rendu par là la victoire certaine,il se fût du moins procuré un champ de ba-taille convenable, et, en ayant soin de pi-voter sur sa gauche, de manière à étendresa droite sur Heinrichsfeld, il eût conservéderrière lui sa ligne directe de retraite surWehlau, sans s’exposer à être jeté à l’Aile.Il y eut dans sa conduite un mélange d’im-prudence téméraire et d’irrésolution qu’onne saurait concilier.
Les Russes repassent le INiémen.
L’armée russe, affaiblie par la perte d’en-viron 20 mille hommes hors de combat, nesongea plus qu’à regagner ses frontières.Le 15, elle passa le Prégel à Wehlau et pritle chemin de Tilsit. Les corps de Kamenskiet de Lestocq qui défendaient Kœnigsberg ,ayant appris le résultat de la bataille deFriedland, évacuèrent cette ville et se mi-rent aussi en retraite sur Tilsit, vivementharcelés par Davoust. Le 16, Soult entradans la capitale de la vieille Prusse, où nousfîmes de très-grandes captures; car, in-dépendamment, de magasins considérables,nous y trouvâmes plus de 100 mille fusils ré-
pes battues pour les ramener encore une fois audelà de l’Aile, dans le cul-de-sac d’où elles s’étaientsi mal tirées.
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