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NAPOLÉON ATJ TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
cemment débarqués d’Angleterre et quan-tité de munitions. Murat, qui s’était hâtéde passer le Prégel à Tapiau aussitôt qu’ilapprit la victoire de Friedland, entama l’ar-rière-garde , et l’armée ennemie, serrée deprès par notre cavalerie, passa le Niémen àTilsit le 19 au matin : le même jour j’entraidans cette ville.
Ils me proposent la paix.
L’empereur Alexandre, arrivé de Mémelà son armée, mécontent de l’Angleterre quilui avait refusé les moyens de faciliter unemprunt de 100 millions, et promettait de-puis six mois des diversions sans envoyerun homme, me proposa la paix. Victorieuxen Turquie , mais engagé ainsi dans unedouble guerre, il n’avait aucun motif immé-diat à se sacrifier pour l’Europe , qui le lais-sait seul aux prises. Il n’avait entrepris cettelutte que dans l’intérêt fort éloigné des peu-ples qui séparaient son empire du mien.Pour moi, je m’estimai heureux de la ter-miner si avantageusement; car la lente Au-triche commençait pourtant à rassemblerses troupes.
Entrevue de Tilsit.
Notre première entrevue eut lieu sur unradeau au milieu du Niémen . En m’abor-dant, l’empereur Alexandre me dit qu’il n’a-vait pas moins de griefs contre l’Angleterreque moi. Dans ce cas, lui répondis-je, lapaiæ est faite; et nous nous donnâmes lamain en signe de réconciliation. Nous eûmesensuite plusieurs autres entrevues à Tilsit,où l’empereur Alexandre vint s’établir. Sonextérieur était noble, gracieux et imposant :la vivacité de sa conception me parut grande;il saisissait d’un trait les plus graves ques-tions. Assez semblable en tout à François i eret à Louis xiv , on peut dire aussi de luique c’était un roi chevalier. S’il eût vécu au
même siècle que le vainqueur de Marignan,il eût incontestablement remporté la palme.Il a pu entrer dans ma politique de le pré-senter autrement que je ne l’ai vu ; mais ilest certain que sa conduite en 1812 et 1813 aété supérieure à ce que j’aurais attendu de lui,bien qu’il m’eût prévenu en sa faveur. Je luiavais reconnu de la facilité; mais je lui croyaisde la faiblesse. Au reste, ce n’est pas en cepoint seulement que je me trompai sur lecaractère de ce prince. Labruyère mêmeeût été embarrassé de le définir exactement...
Je vis aussi à Tilsit un régiment de sesgardes; et je n’ai pas oublié la sensation quej’éprouvai à son aspect. Beaucoup de gensne voyaient dans cette troupe qu’une roi-deur désagréable. Je n’ai jamais aimé lesarmées automates ; il me fallait des soldatsà proclamations : cependant je fus surprisde la précision et de l’aplomb de cette in-fanterie. Je compris qu’une armée aussi for-tement disciplinée et d’une fermeté aussiextraordinaire, serait la première du mondesi, à ces qualités, elle réunissait l’enthou-siasme électrique du Français . Parlant peude temps après sur ce sujet avec un con-naisseur, je lui dis : « Mes soldats sont aussi« braves qu’il soit possible de l’être; mais ils« raisonnent trop. S’ils avaient l’impassible« fermeté et la docilité du Russe, le monde« ne serait pas assez grand pour moi. Les« soldats français aiment trop leur pays» pour faire les Macédoniens. »
La paix est conclue.
Après quinze jours de conférences, lapaix fut signée, le 7 juillet, à Tilsit. Elle étaithonorable pour deux nations qui s’étaientmesurées avec tant de bravoure; mais lesplus grands avantages en étaient de moncôté. L’empire acquit une immense prépon-dérance par cette paix. Les plus obstinésde mes ennemis commencèrent à regarder