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NAPOLÉON AU TRIBUNAL DE CÉSAR, ETC.
mouvoir et pour avancer. Or la France n’enavait point, quand je lui ai tracé sa route enlui donnant le système continental.
L’économie de la France s’était portée,avant la révolution, vers les colonies et lecommerce d’échange. C’était la mode alors.Elle y avait eu de grands succès. On a osédire que ces succès n’avaient eu d’autresrésultats que ceux d’amener la ruine desfinances de l’état, la perte de son crédit,la destruction de son système militaire, laperte de sa considération au-dehors, lalangueur de son agriculture. Ce sont au-tant d’absurdités. Ce n’est pas la richessecoloniale et le commerce d’échange quiont amené de si tristes résultats ; mais uneadministration débile, entravée par desparlements factieux. De beaux ports et deriches négociants n’empêchaient pas plusl’agriculture de fleurir en France , qu’ils nel’empêchent en Angleterre ; et le royaumeétait si peu ruiné sous Louis xvi qu’il asoutenu vingt ans de bouleversements enprospérant toujours.
C’est au contraire le système colonial etle commerce d’échange qui ont enrichi tou-tes les nations, et la France surtout lui adû sa splendeur. Mais la guerre avait dé-truit sans retour ce système ; les ports demer étaient ruinés ; aucune force humainene pouvait leur rendre pour l’instant ce quela révolution avait anéanti. Il devenait doncurgent de donner une autre impulsion àl’esprit de trafic, pour rendre de la vie àl’industrie française . Il n’y avait pas d’autremoyen d’y parvenir que celui d’enlever auxAnglais le monopole de l’industrie manu-facturière pour faire de cette industrie latendance générale de l’économie de l’état.Il fallait créer le système continental. Il fal-lait ce système dans toute sa force, et riende moins, parce qu’il était nécessaire dedonner une prime énorme aux fabriques
pour engager le commerce à mettre dehorsles avances qu’exige l’établissement de toutun ensemble de fabrication.
Le fait a prouvé en ma faveur. J’ai dé-placé le siège de l’industrie en lui faisantpasser la mer : elle a fait de si grands passur le continent, qu’elle n’a plus de con-currence à redouter. Si la France veutprospérer, qu’elle garde mon système enchangeant son nom. Si elle veut déchoir,elle n’a qu’à recommencer des entreprisesmaritimes; car les Anglais les détruiront àla première guerre. J’ai été forcé de porte! 1le système continental à l’extrême, parcequ’il avait pour but de faire non seulementdu bien à la France , mais du mal à l'Angle-terre. Nous ne recevions les denrées colo-niales que par son ministère, quel que fûtle pavillon qu’elles empruntassent pour na-viguer. Il fallait donc en recevoir le moinspossible; il n’y avait pas de meilleur moyenpour cela que d’en élever le prix outre me-sure. Le but politique était rempli ; les fi-nances de l’état en profitaient; mais j’aidésolé les bonnes femmes, et elles s’en sontvengées.
L’expérience montrait chaque jour que lesystème continental était bon; car l’étatprospérait malgré le fardeau de la guerre.Les impôts étaient à jour ; le crédit au pairavec l’intérêt de l’argent; l’esprit d’améliora-tion se montrait dans l'agriculture, commedans les fabriques; on bâtissait les villages àneuf, comme les rues de Paris ; les routeset les canaux facilitaient le mouvement inté-rieur ; on inventait chaque semaine quelqueperfectionnement; je faisais faire du sucreavec des betteraves, de la soude avec du sel.de l’indigo avec le paslel ; le développementdes sciences marchait de front avec celui del’industrie. En Angleterre, au contraire,quelques négociants s’enrichissaient; maisla masse industrielle souffrait, les billets de