CHAP. XI. CAMPAGNE DE 1808.
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Copenhague , dont il me reste encore à ren-dre compte, avaient ruiné pour vingt ans tou-tes les marines européennes. L’Angleterren’avait plus la moindre rivalité à redouter ; eton sad l’usage qu’elle faisait de ce pouvoir.
II fallait une paix assez longue pour réap-provisionner les arsenaux maritimes, recon-struire des vaisseaux, et reformer des mate-lots par la navigation de long cours.
Si la France avait perdu sa colonie la plusimportante, elle pourrait reformer des ma-rins en naviguant dans les vastes possessionsespagnoles et en commerçant par l’Ile-de-France avec l’Inde ; la Hollande conservaitles Moluques, ses relations avec la Chine etla Guiane.
L’Espagne avait encore plus de côtes etde ports dans les deux hémisphères quetoute l’Europe réunie, et plus qu’il ne luien fallait pour entretenir ses matelots decommerce.
Les Américains se développaient tous lesjours, et plus ils croissaient, plus leurs in-térêts les attacheraient à la France . Si j’avaisun intérêt maritime positif à désirer la paix,je n’en avais pas moins sur le continent :ma puissance ne pouvait s’y étendre plusloin qu’aux dépens de sa solidité; il fallait larendre invulnérable en liant par des institu-tions et des avantages réciproques tontes lesparties qui composaient cet immense édi-fice. Pour qu’une paix fût possible et dura-ble, il la fallait telle que les deux partisn’eussent point à la regretter; et c’est ce quiétait impossible: une trêve d’un an ou deuxn’eût fait que profiter à l’Angleterre, et rui-ner notre commerce en l’enhardissant à desentreprises lointaines. Afin d’obtenir la pa-cification entière et durable que nous de-vions désirer, il fut convenu que la Russie proposerait sa médiation pour la paix, etque si l’Angleterre s’obstinait à la rejeter,la Russie accéderait au système continen-
tal. Ce système, qu’on a si injustement dé-crié sans le comprendre, pouvait se diviseren deux branches distinctes : la partie po-litique, et la partie commerciale ou mari-time.
Sous le rapport commercial, deux pointsde vue essentiels devaient me servir deguides : le premier était de chercher à rui-ner le commerce anglais , afin d’enlever auministère la faculté de soudoyer le continentet de poursuivre la guerre; le second étaitde combattre son industrie en développantla nôtre. Pour cela, il fallait ouvrir des dé-bouchés aux produits de nos manufactureset les fermer à l’ennemi, c’est-à-dire, exclureles Anglais de tous les marchés. Plusieursmesures partielles avaient déjà été prises àcet effet; mais elles n’aboutissaient à rien,tant qu’un système général ne mettrait pasles dominateurs des mers au ban de l’Eu-rope . J’avais préludé à ce système, en isoe,par mon décret de Berlin , auquel je mis lecomplément par celui de Milan (17 décem-bre 1807 ).
C’était une législation monstrueuse, maisdont on me donnait l'exemple en mêmetemps qu’on m’en imposait la nécessité.Toutefois, des décrets ne suffisaient pas; ilfallait isoler l’Angleterre de l’Europe et rui-ner son commerce. En cela le système con-tinenlal a mal fait son devoir, parce que laguerre d’Espagne en a annulé les effets, enouvrant à l’ennemi les plus importants dé-bouchés ; mais sous l’autre point de vue,c’est-à-dire, sous le rapport industriel, il eutdes suites importantes.
Point de vue relatif à l’industrie.
Il faut non seulement qu’un grand em-pire ait une tendance générale pour dirigersa politique, son économie doit aussi avoirune tendance pareille. Il faut une route àl’industrie, comme à toute chose, pour se
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